Parisot, A.-M. et S. Villeneuve (2005) "La conversation en langue des signes québécoise (LSQ) : proposition d'un modèle dynamique de partage de l'espace interactionnel", ACL, London, Ontario.

La conversation se distingue des autres types d'interactions verbales par son caractère informel et par le fait que les tours de parole y sont distribués sans ordre préétabli par les participants (entre autres : Kerbrat-Orecchioni, 1990, et Stenström, 1994,). Deux principaux modèles d'alternance conversationnelle ont été définis pour la conversation spontanée : la prise de parole à tour de rôle et sans chevauchement (Sacks, Schegloff et Jefferson, 1974) et le modèle coopératif dans lequel les transitions sont marquées par des périodes de chevauchements (Edelsky, 1981). L'objectif de cette communication est de présenter un modèle d'analyse de l'évolution de la forme des signaux interactionnels en conversation spontanée LSQ.
Les études sur la conversation en langue signée présentent généralement des typologies de signaux interactionnels de prise, maintien ou cession de tour (entre autres : Baker, 1977, pour la langue des signes américaine, et Martinez, 1995, pour la langue des signes des Philippines). De plus, Coates et Sutton-Spence (2001) ont montré que les conversations signées pouvaient comporter plusieurs chevauchements, même pour les conversations à plus de deux signeurs.
Les données analysées pour notre étude sont issues d'un corpus vidéo de 35 heures de conversation LSQ naturelle. Ce corpus a déjà été décrit afin d'établir la typologie des marqueurs manuels et non manuels de tours conversationnels en LSQ par Parisot (1998). Dans un premier temps, nous présenterons la description des chevauchements relevés pour chacun des partenaires conversationnels. Les résultats seront présentés en termes d'occupation de l'espace pour 1) les mouvements des mains (la tenue et la répétition, l'ampleur et la vitesse), 2) la simultanéité (les encodages parallèles, les chevauchements à quatre mains), 3) les comportements non manuels (avancée du tronc, hochements). Dans un deuxième temps, nous analyserons le rôle de chacun des participants en relation avec son occupation de l'espace de conversation. Nous définirons alors les différents stades d'occupation de l'espace liés aux rôles successifs que peut occuper un participant (récepteur, récepteur actif, émetteur passager, émetteur). Cette dernière étape nous permettra de proposer un modèle dynamique de partage de l'espace conversationnel qui explique l'évolution de la forme phonologique des signaux interactionnels (ex. variation dans l'ampleur, accélération du mouvement, changement dans la position du tronc, etc.). Pour terminer, nous discuterons de la place du contact visuel dans notre modèle en nous basant sur la transformation continue des formes et des fonctions.

Références :

Coates, J. et R. Sutton-Spence. 2001. "Turn-Taking pattern in Deaf Conversation". Journals of sociolinguistics, 5/4, p. 507-521.
Baker, C. 1977. " Regulator and Turn-taking in ASL Discourse ". In On the Other Hand : New Perspectives on American Sign Language, L. Friedman (éd.), p. 215-236. New York : Academic Press.
Edelsky, C. 1981. " Who's got the Floor? ". Language in Society, no 10, p. 383-421.
Kerbrat-Orecchioni, C. 1990. Les interactions verbales. Tome 1. Paris : Colin.
Martinez. L. 1995. " Turn-Taking and Eye-Gaze in Sign Conversation Between Deaf Filipinos ". In Sociolinguistics in Deaf Communities, vol. 1, C. Lucas (éd.), p. 272-306. Washington (DC) : Gallaudet University Press.
Parisot, A.-M. 1998. Description de l'organisation du système des tours de paroles en conversation LSQ. Mémoire de maîtrise, Montréal : UQÀM.
Sacks, H., E. Schegloff et G. Jefferson. 1974. " A Simplest Systematic for the Organization of Turn-Taking for Conversations ". Journal of the Linguistic Society of America, vol. 50, no 4, p. 696-735.
Stenström, A.-B. 1994. An Introduction to Spoken Interaction. London : Longman.