Parisot, A.-M. (2003) Accord et cliticisation : le cas des verbes à forme rigide en langue des signes québécoise, thèse de doctorat, Montréal : Département de linguistique et de didactique des langues, UQAM, janvier.

L'étude de l'accord des verbes à forme rigide est un problème central dans la description des langues signées en général, et de l'accord verbal en particulier, puisqu'elle se situe au confluent de plusieurs controverses qui touchent les différents aspects de la langue, entre autres l'ordre des signes, ainsi que le rôle et le statut grammatical des pronoms et du comportement non manuel. Les objectifs principaux de cette thèse sont de décrire l'accord des verbes rigides en LSQ et de situer cette description dans une perspective globale de l'accord en LSQ.
Nous postulons que la forme spécifique des verbes rigides de la LSQ en contraint l'accord. Contrairement aux verbes des autres catégories verbales, les verbes rigides ne disposent pas d'une même liberté articulatoire, de telle sorte qu'il est impossible de les déplacer dans l'espace de façon à établir le type de relation qui existe entre le verbe et ses arguments, comme c'est le cas pour les autres types de verbes en LSQ. Pour les formes rigides il semble qu'il puisse y avoir adaptation pour marquer l'accord par l'utilisation de comportements non manuels spécifiques ou de pronoms clitiques postverbaux, comme le proposent Wilbur (1994) et Torigoe (1994) ou de pronoms postverbaux non clitiques, comme le propose Bos (1994). De plus, les données de la LSQ indiquent que la forme particulière des verbes rigides nécessite la présence de pronoms postverbaux lors des cas ambigus d'attribution des rôles thématiques (Parisot, 2000). De plus, comme pour l'ASL (Bahan, 1996), les verbes rigides de la LSQ sont accompagnés en contexte de comportement non manuels particuliers qui semblent permettre d'établir la relation entre le verbe et ses arguments. Nos objectifs spécifiques sont de définir le rôle et la nature des pronoms qui suivent le verbe en LSQ et des comportements non manuels produits simultanément au verbe.
La revue de la littérature présentée aux chapitre 3, 4 et 5, nous permet dans un premier temps d'exposer que les pronoms clitiques sont analysés par plusieurs comme des morphèmes dépendants, traités par les uns comme des affixes et par les autres comme des éléments syntaxiques liés; qu'ils occupent une position particulière dans la proposition et qu'ils apparaissent dans un ordre prédéterminé dans les suites de clitiques; qu'ils représentent les actants d'une proposition et peuvent être considérés comme des marques morphologiques d'accord. Dans un deuxième temps, les travaux sur l'accord (Lehmann, 1988; Barlow, 1992; Liddell, 2000; Bouchard, 2002) nous amènent à proposer une définition de l'accord qui élimine les notions de traits abstraits et de marquage morphosyntaxique en ce qu'ils semblent plutôt découler de contraintes articulatoires imposées par la modalité des langues orales. Ces stratégies utilisées pour marquer la relation entre les éléments varient selon des considérations articulatoires propres aux modalités utilisées et aux moyens choisis d'encoder l'information. Les langues signées utilisent l'espace pour établir les relations grammaticales entre les éléments et permettent la superposition spatiale d'éléments. Nous approfondissons dans ce chapitre la notion de trace spatiale introduite au chapitre 1. Au chapitre 5, nous présentons un portrait des travaux sur la description de l'accord en LSQ (Dubuisson et al., en prép. (c)) et expliquons en détail le concept des formes verbales rigides qui montrent une tendance à se déplacer dans l'espace pour marquer l'accord de la même façon que les autres verbes.
L'analyse que nous proposons de l'accord des verbes à forme rigide permet une redéfinition unifiée de l'accord en LSQ. Le rôle des pronoms postverbaux et du comportement non manuel sur le verbe permet de suppléer à la carence articulatoire de la forme rigide des verbes rigides et ainsi de leur permettre l'accès à des loci spatiaux de façon à pouvoir établir le lien entre verbe et arguments. Ainsi, peu importe la forme ou la catégorie du verbe en LSQ, il est possible de marquer l'accord en utilisant un locus spatial pour faire le lien entre des éléments syntaxiques. Le fait de définir les pronoms clitiques et le comportement non manuel comme faisant partie intégrante du verbe conduit à traiter toutes les catégories verbales selon un seul et même type de réalisation de l'accord verbal en LSQ : mise en relation du verbe et de ses arguments par l'intermédiaire d'un même locus spatial. La stratégie non manuelle utilisée est identique pour tous les types de verbes, alors que la stratégie manuelle est régie par la forme phonologique du verbe : les verbes rigides utilisent une marque pronominale, alors que les verbes souples utilisent une marque verbale. Les verbes semi-rigides utilisent les deux types de marques.

Mots clés : Accord verbal, LSQ, pronoms clitiques, verbes