HISTOIRE DE
L'ÉGYPTE ANCIENNE

De Nicolas Grimal

 

L'Histoire de l'Egypte ancienne de Nicolas Grimal est une oeuvre riche et complète reprenant, dans sa chronologie, plus de trois mille ans de civilisation égyptienne. En comprendre et assimiler le contenu n'était pas pour moi une mince affaire, d'autant plus qu'il s'agissait de ma première approche sérieuse de la civilisation égyptienne. Or sa lecture m'a réellement captivée. Cependant, pour m'aider à situer rapidement un fait dans son contexte, j'avais besoin d'un document plus simple, que je pouvais consulter à tout moment. J'en ai donc fait une synthèse. Ce texte est, je l'espère, resté fidèle à la vision de l'auteur : j'ai évité les remarques personnelles qui pourraient en dénaturer le contenu et je reprends les passages d'un livre qui, à mes yeux, reste une lecture indispensable à la compréhension de la civilisation égyptienne.

Corinne Smeesters (Belgique)

 

PREMIÈRE PARTIE : LES ÉPOQUES DE FORMATION

Chapitre I  : De la Préhistoire à l’Histoire

L’Egypte présente une unité géographique : une longue bande de terres cultivables dont la largeur ne dépasse guère 40 km, étirée sur plus de 1000 km depuis Assouan et la frontière nubienne au Sud jusqu’à la Méditerranée, entre le plateau libyque et la chaîne arabique.

A l’Oldowayen, il y a un million d’année, jusqu’à la période historique, c’était l’endroit d’Afrique orientale le moins impropre à la vie.

Le début du peuplement devrait dater de la fin de la période pluviale abbassienne, au Paléolithique moyen, c’est-à-dire vers 120 000-90 000 avant notre ère.

Durant le pluvial abbassien la culture acheuléenne se diffuse probablement dans les zones occidentales. La fin de l’Acheuléen marque une révolution technique nette : le passage du biface à l’éclat. Cette période s’étend jusque vers 30 000 av. JC et correspond aux civilisations moustérienne et atérienne à l’économie de chasse.

Une civilisation naît au Paléolithique moyen vers 45 000 avant notre ère et disparaît au Paléolithique récent vers 20 000, le Khormusien (du nom de Khor Musa, non loin de Ouadi Halfa). La désertification des zones sahariennes semble avoir poussé les hommes vers la vallée. Ce groupe combine la nourriture de la savane (bœuf sauvage, antilope, gazelle) et le produit de la pêche. C’est à cette époque que se fondent dans la vallée du Nil les éléments de la future civilisation des pharaons.

Entre 15 000 et 10 000, la culture du Dabarosa prend le relais du Khormusien et le passage au microlithe s’accomplit avec le Ballanien. Parallèlement en Nubie le Gemaïen a remplacé le Halfien pour arriver à la culture qadienne où l’on trouve traces d’une tentative d’agriculture qui ne survécut pas au tournant du Xe millénaire (le réel passage se fera au milieu du VIe millénaire peut-être sous l’influence du Proche Orient). Le type de sépulture et le matériel retrouvé dans les tombes appréhendent un style de vie présentant de nombreux points communs avec les civilisations du Néolithique.

La coupure essentielle entre Préhistoire et Histoire se fait à la charnière du VIIe et du VIe millénaire, période mal connue qui sépare l’Epipaléolithique du Néolithique. Tout semble concourir à une modification radicale de la civilisation. Une nouvelle période subpluviale favorise l’élevage et l’agriculture, les techniques du tissage (lin), de poterie et de vannerie.

L’armement se perfectionne : fines pointes de flèches en silex poli, harpons d’os. L’organisation de la société se fait sur une base agricole : l’habitat se fixe sous forme de fermes destinées aussi bien à l’élevage (bœufs, chèvres, porcs) qu’à la culture (silos conservant le blé et l’orge).

Les sépultures s’installent hors du monde des vivants, à la limite des terres cultivables. Le mort reçoit des offrandes alimentaires et emporte avec lui mobilier et armes.

L’exploration des sites néolithiques est loin d’être achevée, ce qui ne permet pas de démontrer s’il existait un clivage entre le Nord et le Sud du pays. Les sites du Nord possèdent une industrie de la pierre supérieure (armes, vases) alors que les sites du Sud se distinguent par la qualité de la poterie incrustée et rouge à bord noir. Mais ces différences sont peut-être dues au hasard des découvertes.

Si toutefois on postule pour une réelle séparation, on peut penser que le processus d’unification se serait fait en quatre étapes, des débuts du Chalcolithique à l’époque thinite.

La première étape, le prédynastique "primitif ", du milieu du VIe au milieu du Ve millénaire, voit le dernier stade de l’évolution du Fayoum A dans le Nord et du Badarien (d’après le site de Badari) dans le Sud.

Les populations du Fayoum vivaient davantage de la pêche et semblaient posséder une meilleure technique dans la fabrication des vases de pierre et des armes et outils en silex.

On remarque, durant cette période, une amélioration du mobilier et du matériel agricole ainsi qu’une évolution sensible des pratiques funéraires. Le défunt est enterré à l’abri d’une peau animale et sa tombe prend un aspect de plus en plus architectural. Les formes plastiques naissent : les céramiques du Nord atteignent un stade très achevé, des objets d’or et d’ivoire apparaissent (peignes, cuillères à fard, figurines, bijoux, amulettes à figures humaines ou animales).

Vers 4 500 avant notre ère, l’Amratien, deuxième étape du processus d’unification, se fait sans modifications profondes. Elle correspond à la première phase connue du site d’El-Amra à environ 120 km au sud de Badari, en plein cœur de cette région qui, d’Assiout à Gebelein, recèle les gisements prédynastiques les plus riches. Cette phase a pour correspondant, 150 km encore plus au sud, la première occupation du site de Nagada (dite Nagada I).

La céramique connaît une double évolution : dans la forme et dans le décor, avec des motifs géométriques tirés du règne végétal et animal peints ou incisés.

La vallée s’ouvre sur l’extérieur par besoin de matières premières : en Nubie, probablement par caravanes, à l’Ouest en passant par les oasis, au bord de la mer Rouge, dans le Sinaï…

L’exploitation des carrières, localisées dans des zones éloignées des terres cultivées, oblige les Egyptiens à organiser de véritables expéditions au cours desquelles ils doivent s’assurer le contrôle des lieux d’extraction et des voies de transit. Cette contrainte déterminera l’un des aspects majeurs de la politique extérieure des pharaons afin de garantir ces zones contre les incursions de peuples étrangers.

La vaisselle de pierre trouvée à El-Amra prête à penser que les relations entre les groupes culturels du Nord et du Sud se sont intensifiés.

La découverte de la culture d’El-Gerzeh a permis de déterminer une troisième période, le Gerzéen, qui correspond à la seconde phase de Nagada (ou Nagada II).

Par rapport à la culture précédente (l’Amratien), le Gerzéen diffère par la production d’une céramique qui développe des motifs stylisés : géométrisants pour reproduire des thèmes végétaux ; naturalistes pour représenter la faune (autruche, bouquetins, cervidés). De plus, les poteries et les palettes de fard s’animent de personnages et de barques transportant des emblèmes divins.

Les tombes deviennent des répliques des demeures terrestres comportant meubles, amulettes, figurines et objets d’apparat décorés de thèmes représentant des animaux (lions, taureaux et bovidés, hippopotames, faucons…) qui symbolisent les divinités.

La quatrième étape mesure l’influence du Nord sur le Sud jusqu’à produire une culture mixte, le prédynastique récent (Nagada III), qui précéda immédiatement l’unification du pays et que l’on situe aux environs de 3 500 à 3 150 av. JC.

Ainsi, les données archéologiques montrent que le passage de la Préhistoire à l’Histoire est le résultat d’une lente évolution et non d’un brusque bouleversement.

L’étude des représentations nagadiennes sur vases permet de voir le cheminement de la stylisation des végétaux en passant par les animaux pour aboutir aux enseignes divines qui sont déjà des hiéroglyphes. Il est possible que les premières inscriptions procèdent par représentation directe, la notation phonétique ultérieure pouvant alors être considérée comme un progrès technique.

L’écriture égyptienne associe idéogrammes, phonogrammes et déterminatifs. Les hiéroglyphes sont réservés aux inscriptions lapidaires et plus généralement murales et sont gravées, incisées ou peintes. Pour les documents administratifs, comptables, juridiques ou l’archivage des textes en général, on a recours à une écriture cursive appelée "hiératique " dont dériva, vers le VIIe siècle av. JC une nouvelle forme appelée "démotique ". Le hiératique est l’écriture utilitaire, la première que le jeune scribe apprend à l’école en formant ses lettres à l’aide du calame sur un tesson de poterie appelé "ostracon " ou sur une tablette d’argile avec un stylet. Le papyrus, plus coûteux, est réservé aux textes importants. Sous l’influence grecque et romaine, l’écriture évolue vers le copte, notation phonétique qui deviendra l’écriture de l’Eglise et se maintiendra jusqu’à nos jours comme langue liturgique.

Le débat sur la constitution de la civilisation pharaonique est loin d’être clos. D’un côté, les sources égyptiennes semblent parler d’un triomphe du Sud sur le Nord. D’un autre, les données archéologiques permettent de suivre l’influence croissante des cultures du Nord sur la Moyenne et la Haute Egypte.

La documentation directe est essentiellement constituée de palettes. Objets votifs, elles sont de deux types. Le premier est fait de figures zoomorphes simples, le contour de la palette représentant le corps de l’animal (tortues, poissons, hippopotames…). Le second commémore des événements et combine des figurations symboliques et des notations historiques dans lesquelles l’homme apparaît.

Dans toutes les compositions, il s’agit d’animaux redoutables symbolisant la puissance animale que l’homme doit affronter et dominer. En exemples : la palette "aux autruches " (Manchester), la palette "de la chasse " (British Museum et Louvre).

Deux palettes de Hierakonpolis (musée du Louvre) sont délimitées par deux chiens affrontés entre les corps desquels évoluent lions, cervidés, taureaux… dans un enchevêtrement inextricable.

La palette "aux vautours " (British Muséum et Ashmolean Museum) relate un affrontement purement humain de manière symbolique : un lion, image du pouvoir royal tout comme le taureau, et des vautours, divinité tutélaire d’Hierakonpolis, massacrent des guerriers de type nubien. De même, la palette "aux taureaux " met en scène un taureau en train d’écorner un individu de l’ethnie du Nord.

Les deux témoins de la phase ultime de la conquête proviennent également de Hierakonpolis.

Le premier est une tête de massue appartenant à un roi coiffé de la couronne blanche du Sud qui aménage un canal à l’aide d’une houe. Le nom du roi est indiqué par un pictogramme figurant un scorpion.

La palette de Narmer (musée du Caire) donne la dernière étape. Au verso, le roi, dont deux hiéroglyphes écrivent le nom – le poisson nar et le ciseau mer – fracasse la tête d’un homme explicitement désigné comme appartenant au royaume du Nord. Le recto affirme le triomphe de Narmer : en bas, un taureau défonce une enceinte crénelée en piétinant l’ennemi vaincu ; en haut, le roi est coiffé de la couronne rouge du Nord. Une autre tête de massue confirme cette victoire : on y voit le roi recevoir l’hommage des captifs.

Ces documents, appuyés à leur tour par d’autres, comme la palette "du tribut libyen ", confortent l’hypothèse de la constitution d’un état où l’on retrouve déjà tous les éléments du pouvoir pharaonique, de la religion à l’écriture en passant par l’économie, l’habitat et les structures du gouvernement.

 

Chapitre II  : Religion et Histoire

Dès l’époque prédynastique, les emblèmes ont représenté les provinces composant le pays :

un oryx sur un pavois représente la région de Beni Hassan, un lièvre la province voisine d’Achmounein, un dauphin celle de Mendès… Ils symbolisent peut-être la divinité locale (les flèches et le bouclier de la déesse Neïth pour Saïs, le sceptre-ouas pour Thèbes, le reliquaire de la tête d’Osiris pour Abydos) ou une structure politique (" muraille blanche " figurant l’enceinte de Memphis).

Elles sont au nombre de trois mais représentent les variations politiques d’un seul et même thème : la création par le soleil à partir de l’élément liquide.

La cosmologie héliopolitaine est la plus ancienne. Au début était le Noun, élément liquide incontrôlé ou "chaos " qui, après la création, reste cantonné aux fanges du monde organisé qu’il menace d’envahir si l’équilibre de l’univers est rompu. Il est le séjour des forces négatives et de ce qui échappe aux catégories de l’univers : les âmes en peine qui n’ont pas bénéficié des rites funéraires appropriés ou les enfants mort-nés. De ce chaos est issu le soleil "qui est venu à l’existence de lui-même ". Son apparition se fait sur une butte de terre émergeant de l’eau, symbolisée par la pierre benben, objet d’un culte à Héliopolis. Ce dieu, qui est son propre créateur, est alternativement Rê, le soleil proprement dit, Atoum, l’être achevé par excellence ou encore Khepri, représenté sous la forme d’un scarabée.

Le démiurge, en se masturbant, met au monde un couple, le dieu Chou, le Sec, et la déesse Tefnout, l’Humide. De l’union du Sec et de l’Humide naît un deuxième couple : le Ciel Nout et la Terre Geb. Ils ont quatre enfants : Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Le second couple est stérile. Le premier, qui est fertile, constitue le prototype de la famille royale.

Osiris, roi d’Egypte, est assassiné par son frère Seth, contrepartie négative et violent de la force organisatrice symbolisée par le pharaon. Il s’empare du trône après sa mort. Isis, modèle de l’épouse et de la veuve, aidée de sa sœur Nephtys, reconstitue le corps dépecé de son mari. Anubis, le chacal né des amours illégitimes de Nephtys avec Osiris, embaume le roi défunt. Puis Isis donne le jour à un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et, comme lui, incarné par un faucon. Elle le cache dans les marais du Delta à proximité de la ville sainte de Bouto avec la complicité de la déesse Hathor, la vache nourricière. L’enfant grandit, et après une longue lutte contre son oncle Seth, obtient du tribunal des dieux présidé par son grand-père Geb d’être réintégré dans l’héritage de son père qui lui se voit confier le royaume des morts.

A ce schéma du règne des dieux se greffent de nombreuses légendes secondaires.

Il est peu question de la création même des hommes qui semble contemporaine à celle du monde. Une exception, la légende de "l’œil de Rê ". Le soleil perd son œil. Il envoie ses enfants Chou et Tefnout à la recherche du fugitif mais le temps passe sans que ceux-ci ne reviennent. Il décide donc de remplacer l’absent. Entre-temps, l’œil fugitif revient et se voit remplacé. De rage, il se met à pleurer et de ses larmes (remout) naissent les hommes (remet). Rê le transforme alors en cobra et l’accroche à son front : il est l’ur³ us chargé de foudroyer les ennemis du dieu.

Le thème de l’œil endommagé ou remplacé connaît plusieurs développement. Il sert aussi à expliquer la naissance de la lune, second œil de Rê confié à Thot, le dieu scribe à tête d’Ibis. Il évoque également l’œil "sain " d’Horus. Celui-ci en effet perdit un œil lors du combat qui l’opposa à Seth pour la possession du royaume d’Egypte ; Thot le lui aurait rendu et en aurait fait le prototype de l’intégrité physique. C’est la raison pour laquelle il figure d’ordinaire sur les cercueils où il garantit au mort le plein usage de son corps.

Rê, roi des dieux, doit lutter pour conserver son pouvoir que tentent de lui ravir chaque nuit lors de sa course dans l’au-delà des ennemis acharnés conduits par Apophis, personnification des forces négatives.

D’autres tentatives sont menées contre le roi des dieux. Par exemple, Isis, la Grande Magicienne, tente de prendre le pouvoir sur Rê en le faisant mordre par un serpent. Pour être sauvé, il doit révéler à la déesse ses noms secrets.

L’Egypte possède aussi le mythe de la révolte des hommes contre leur créateur qui décide de les détruire. Il envoie sur terre son œil sous la forme de la déesse Hathor. Celle-ci dévore en un jour une partie de l’humanité puis s’endort. Rê, jugeant la punition suffisante répand de la bière qui, mêlée aux eaux du Nil, à l’apparence du sang. A son réveil, la déesse lape ce breuvage et s’écroule, ivre. L’humanité est sauvée mais Rê, déçu par elle, se retire dans le ciel, sur le dos de la vache céleste qui sera soutenue par le dieu Chou. Il remet l’administration de la Terre à Thot et les serpents, insignes de la royauté, à Geb.

La cosmologie hermopolitaine : Hermopolis, aujourd’hui Achmounein à environ 300 km du Caire, capitale du XVe nome de Haute Egypte a élaboré sa propre cosmologie. Le point de départ est le même qu’à Héliopolis : un chaos liquide dans lequel s’ébattent quatre couples de grenouilles et de serpents qui s’unissent pour créer et déposer un œuf sur une butte émergeant de l’eau. Ces couples sont chacun composé d’un élément et de sa parèdre : Noun et Naunet, l’océan primordial, Het et Hehet, l’eau qui cherche sa voie, Kekou et Keket, l’obscurité, Amon, le dieu caché et Amaunet.

La troisième cosmogonie est connue par un document unique et tardif (règne du souverain kouchite Chabaka à la charnière du VIIe et VIe siècle av. JC). Il s’agit d’une dalle en granit provenant du temple de Ptah à Memphis et conservée au British Museum. Elle combine les éléments des deux précédentes tout en reconnaissant au dieu local Ptah le rôle de démiurge. La création se fait par combinaison de la pensée et du verbe.

L’intégration du mythe à l’Histoire est connue par les listes royales qui reproduisent les données des cosmogonies (plus particulièrement celle de Memphis) et évoquent l’Age d’Or durant lequel les dieux ont régné sur Terre.
Au départ se trouve le fondateur Ptah dont le rôle est proche de celui de Khnoum le potier qui a créé l’humanité sur son tour avec de l’argile. Rê lui succède. Il est le prototype de la royauté qu’il cédera à Chou, l’air, séparateur de la Terre et du Ciel. Suivront Geb puis Osiris. Enfin, c’est Horus qui monte sur le trône. Le Canon de Turin donne ensuite une séquence de trois dieux : Thot, Maât, représentant l’équilibre, et un Horus dont le nom est perdu. Neuf dieux leur succèdent et assurent la transition vers le pouvoir des fondateurs humains. Le Canon de Turin cite le premier "roi de Haute et de Basse Egypte " : Meni (Ménès chez Eratosthène et Manéthon) qui est peut-être Narmer ou le roi Scorpion. La pierre de Palerme parle du roi Aha qui serait peut-être le "nom d’Horus " de Narmer-Ménès.

 

Chapitre III  : La Période Thinite

Les deux premières dynasties (3150-2700) qualifiées de thinites par Manéthon, du nom de leur ville d’origine supposée, This, non loin d’Abydos, commencent avec Aha. On n’en connaît que ce que nous révèlent la Pierre de Palerme et les tombes trouvées à Memphis et à Abydos.

Si Aha ne fait qu’un avec Narmer, c’est lui qui a fondé la ville de Memphis et qui a introduit le culte du crocodile Sobek dans le Fayoum ainsi que le culte du taureau Apis. On suppose qu’il a organisé le pays nouvellement unifié en menant une politique de conciliation avec le Nord. Si son règne fut pacifique, il inaugure une série de guerres qui mèneront ses successeurs contre les Nubiens et les Libyens et entreprend le commerce avec la Syro-Palestine.

Le règne de Djer amplifie la politique extérieure du pays : expéditions en Nubie jusqu’à Ouadi Halfa, peut-être en Libye et au Sinaï. Il poursuit l’organisation du pays sur le plan économique et religieux, fonde le palais de Memphis et se fait inhumer à Abydos. A en juger par le mobilier funéraire trouvé dans les tombes de ses contemporains, son règne a dû être prospère.

Il est probable que dans un premier temps, les Egyptiens utilisaient un calendrier lunaire avant d’opter pour un calendrier fondé sur un phénomène facilement observable, la crue du Nil. Ils répartirent l’année en trois saisons de quatre mois correspondant au rythme agricole déterminé par la crue. La première est l’inondation (Akhet), la deuxième la germination (Peret) et la troisième la récolte (Chemou).Or le début de la montée des eaux est observable à Memphis au moment du lever héliaque de Sirius (le 19 juillet).

Le phénomène était déjà observé sous le règne de Djer : une plaquette d’ivoire datant de son règne, sur laquelle est représentée une vache couchée portant entre ses cornes une pousse de plante, symbolise la déesse Sothis, l’étoile de Sirius.

Le successeur de Djer, Ouadji (Serpent) mena une expédition vers la mer Rouge, dans le but probable d’exploiter les mines du désert oriental.

Den (Ousaphaïs chez Manéthon), le quatrième roi, a laissé le souvenir d’un règne glorieux et riche. Il mena une politique extérieure vigoureuse tournée vers le Proche-Orient et une politique intérieure active. Il est le premier à ajouter à sa titulature le nom de " roi de Haute et de Basse Egypte (nysout-bity).

Le règne de Den est évalué à près d’un demi-siècle, ce qui explique la relative brièveté de celui de son successeur Adjib , suivi par Selerkhet puis par Qaâ qui clôture la Ire dynastie.

Le pouvoir semble s’être déplacé vers Memphis. Les trois premiers rois de la IIe dynastie se font enterrer à Saqqara : Hotepsekhemoui (" les Deux Puissants sont en paix "), Nebrê (" Rê est (mon) maître ") et Nineter (" celui qui appartient aux dieux "). Les successeurs de Nineter , Ouneg et Senedj ne sont guère connus que par les listes royales et des inscriptions sur vases provenant de la tombe de Djoser. Il se pourrait que leur pouvoir se soit limité à la région memphite. Le dernier a été contemporain du roi Peribsen dont on connaît la sépulture à Abydos, que lui aménagea son successeur local Sekhemib (" l’homme au cœur puissant "). Ces éléments invitent à penser que les relations entre les deux royaumes se sont détériorées vers la fin du règne de Nineter.

Les choses changent avec Khâsekhemoui (" les Deux Puissants sont couronnés ") qui réunifie le pays, et entame une vigoureuse politique de construction. A la suite de Manéthon, on arrête la période thinite à son règne sans raison particulière. La dynastie est déjà davantage memphite que thinite et le règne de Khâsekhemoui voit la fin des affrontements entre le Nord et le Sud ainsi que la mise en place définitive des structures économiques, religieuses et politiques du pays.

L’essentiel des institutions est déjà en place. Le principe de la transmission du pouvoir par filiation directe sur lequel repose l’institution pharaonique fonctionne déjà. De même, le roi porte désormais les trois noms qui constituent la base de la titulature : le nom d’Horus qui exprime la nature de l’hypostase du dieu héritier du trône, celui du roi de Haute et Basse Egypte (nysout-bity) et, depuis le roi Semerkhet, un nom de nebty qui est probablement le reflet de la carrière du prince héritier antérieure à son couronnement.

L’organisation de la maison royale est désormais ce qu’elle sera dans les siècles qui suivent. Le palais, construit en brique, abrite en même temps les appartements privés, le harem, et l’administration. Le roi assume théoriquement l’ensemble du pouvoir et est assisté par de hauts fonctionnaires. Une double institution, la chancellerie de Basse Egypte et celle de Haute Egypte, se charge par l’intermédiaire de scribes, du recensement, de l’organisation de l’irrigation et tout ce qui touche au cadastre. Elle s’occupe de la collecte des taxes et de la redistribution des biens qui sont versés à des " trésors " et des " greniers " spécialisés dans les céréales, les troupeaux, la nourriture en général. Ces organes du pouvoir central traitent avec des rouages locaux qui sont répartis en provinces que les Grecs ont appelées " nomes " et les Egyptiens sepat puis qâh (22 nomes pour la Haute Egypte, 20 pour la Basse Egypte) sous la responsabilité des nomarques.

On ne sait rien de l’organisation militaire du pays mais on peut supposer que le système en vigueur par la suite est déjà en place. On peut se faire une bonne idée de l’architecture d’après les représentations de forteresses, le plan de la partie fortifiée d’Abydos ou l’enceinte archaïque de Hierakonpolis.

Pour l’architecture civile, on est réduit essentiellement aux pions de jeux représentant des maisons et aux représentations des façades de palais trouvées dans les tombes. Ces dernières constituent la principale source d’information de l’art thinite : objets d’ivoire et d’os, la " faïence égyptienne ", la céramique et les vases en pierre. La petite statuaire est abondante et variée. La grande statuaire, elle, est encore rugueuse et figée.

 

SECONDE PARTIE : L'ÂGE CLASSIQUE

Chapitre IV  : L’Ancien Empire

Avec la IIIe dynastie (2700-2625) commence l’Ancien Empire. Cette période est peu connue.

La liste des pharaons s’établit comme suit :

 

Djoser a promu l’architecture en pierre : sa pyramide lance un nouveau type architectural qui sera adopté par ses successeurs jusqu’à la fin du Moyen Empire.

Le roi comme son vizir sont plus connus par leur légende que par les données historiques. Imhotep, grand prêtre d’Héliopolis, prêtre-lecteur, architecte en chef sera divinisé à la Basse Epoque.

 

Elle est aussi peu connue que le début de la dynastie. Par manque de documents explicites, les archéologues suggèrent un ordre de succession fondé sur l’évolution architecturale de la sépulture royale. On a découvert sur le site de Zaouiet el-Aryan, à mi-chemin entre Gizeh et Abousir, deux pyramides.

La plus méridionale s’inspire nettement de celle de Djoser et de Sekhemkhet à Saqqarah. Il est attribué à l’Horus Khâba que l’on a rapproché du roi Houni qui serait le dernier roi de la dynastie.

Il reste à trouver une place à l’autre constructeur de Zaouiet el-Aryan que les graffiti identifient comme l’Horus Nebka(rê) ou Néferka(rê).

Premier pharaon de la IVe dynastie, il eut un règne long (peut-être 40 ans) et glorieux et sera pris pour modèle par les rois du Moyen Empire. Il entreprend des expéditions en Nubie et au Sinaï et se fait construire au moins trois pyramides : une sur le site de Méidoum, abandonnée pour le site de Dahchour où il en a deux.

Le site de Giza, dominé par les pyramides de Chéops et de ses successeurs, reste la nécropole par excellence de la IVe dynastie.

En dehors d’une tradition littéraire de la première Période Intermédiaire qui ne lui accorde pas une bonne réputation, Chéops, en égyptien Khoufou, abréviation de Khnoum-koue-foui (Khnoum me protège) est peu connu.

Chéops eut deux fils.

Djedefrê (Didoufri) lui succède. Il est le premier à porter dans sa titulature le nom de " fils de Rê " et quitte Giza pour se faire enterrer à Abou Roach. Kaouâb, le prince héritier, meurt avant son frère et c’est Chéphren, le demi-frère de Djedefrê qui prend la succession.

Chéphren conserve le titre de fils de Rê en développant l’affirmation de l’importance d’Atoum face à Rê. C’est de son règne que date le premier exemple de sphinx royal. Le grand sphinx de Giza porte son visage.

Son fils, Menkaourê ou Mykérinos selon la transcription d’Hérodote, lui succède.

Le fils de Mykérinos, Chepseskaf, achève le complexe funéraire de son père mais se fait enterrer à Saqqarah. Il est le dernier roi de la IVe dynastie, celle des grands bâtisseurs.

Durant son court règne, Ouserkaf se fait construire non loin du complexe de Djoser une modeste pyramide et inaugure la tradition d’édifier à Abousir un temple solaire, réplique de celui d’Héliopolis, ville dont se réclame la nouvelle dynastie.

Le nouvel ordre des choses est exprimé dans le nom d’Horus, iry-maât, " celui qui met en pratique Maât. Le pharaon se considère comme celui qui remet en ordre la création.

C’est également sous son règne que dateraient les rapports de l’Egypte avec le monde égéen.

La Ve dynastie semble avoir ouvert l’Egypte sur l’extérieur, vers le Nord et vers le Sud. Les reliefs du temple funéraire du successeur d’Ouserkaf, Sahourê, montrent des représentations de pays vaincus et le retour d’une expédition maritime, probablement à Byblos avec des prolongements dans l’arrière-pays syrien. On lui prête également une campagne contre les Lybiens.

Le règne des successeurs immédiats de Sahourê, Neferirkarê-Kakaï, Rênéferef, Chepseskarê, est peu connu.

Niouserrê est connu par le temple funéraire édifié à Abou Gourob, retrouvé presque complet et donnant une idée de ce que devait être son modèle héliopolitain.

Sous son successeur Menkaouhor, un certain changement intervient. Les fonctionnaires provinciaux et ceux de la Cour ne sont plus nécessairement choisis parmi les membres de la famille royale et gagnent en puissance et en autonomie, minant progressivement l’autorité centrale.

Izézi prend ses distances avec le dogme héliopolitain. Il ne construit pas de temple solaire et se fait enterrer à Saqqara-sud, plus près de Memphis. Durant son long règne, il mène une politique extérieure : mines du Sinaï et d’Abou Simbel, Byblos et le pays de Pount. L’accroissement du pouvoir des fonctionnaires continue. Les vizirs de l’époque, dont le plus célèbre, Ptahhotep, connu par son Enseignement, ont laissé de riches tombeaux.

Ounas serait le dernier roi de la Ve dynastie. On arrête généralement la période classique de l’Ancien Empire à son règne, la décadence de la première Période Intermédiaire débutant avec la VIe dynastie.

L’Ancien Empire est à son apogée mais les féodalités menacent le pouvoir central. S’y ajoute une nouvelle menace : l’absence d’héritier mâle. Téti monte sur le trône et, afin de légitimer son pouvoir, épouse une fille d’Ounas qui lui donnera Pépi Ier. Il pratique une politique de pacification et d’alliance avec la noblesse et continue les relations internationales. Selon Manéthon, il périt assassiné. Ouserkarê lui succède mais son règne fut bref.

Pépi Ier monte sur le trône très jeune et a un long règne d’au moins quarante ans. Une conspiration dans le harem laisse supposer que son règne ne fut pas facile.

Il mène une politique de présence en ordonnant de grands travaux dans les principaux sanctuaires de Haute Egypte : Dendera, Abydos, Eléphantine, Hiérakonpolis.

Le fils de Pépi Ier, Mérenrê Ier, poursuit la politique de son père : exploitation des mines du Sinaï, des carrières d’Eléphantines et de Nubie. Il garde le contrôle de la Haute-Egypte et mène des campagnes en Syro-Palestine et en Nubie.

A sa mort, son demi-frère Pépi II lui succède alors qu’il n’est âgé que de dix ans.

La tradition veut que Pépi II ait gouverné durant 94 ans. Cette longévité entraîna probablement la sclérose des rouages de l’administration ainsi qu’une crise de succession.

La liste royale d’Abydos mentionne un Mérenrê II qui n’aurait régné qu’un an et serait l’époux de Nitocris qui, selon, Manéthon, fut la dernière reine de la VIe dynastie.

L’Ancien Empire se termine par une période confuse durant laquelle la désagrégation de l’administration centrale s’accélère.

Celle-ci est comparable à une pyramide au sommet de laquelle se trouve le roi qui, en fait, ne traite que les affaires militaires et religieuses. Pour l’essentiel, il passe par le vizir (tjaty).

Au début de l’Ancien Empire, la fonction de vizir est confiée à des princes de sang.

Le vizir est en quelque sorte le chef de l’exécutif et a compétence dans presque tous les domaines.

A la même époque apparaît le " Chancelier du Dieu " qui se charge des expéditions aux mines ou aux carrières, des voyages commerciaux à l’étranger et qui se voit attribuer une troupe armée.

Signe d’affaiblissement du pouvoir central, la charge de vizir est dédoublée sous Pépi II de façon à coiffer séparément la Haute et la Basse Egypte.

Du vizir dépendent 4 départements de l’administration auxquels s’ajoute l’administration provinciale :

A côté du gouvernement, l’administration locale repose sur le découpage du pays en nomes dont l’administrateur est avant tout chargé de l’entretien de l’irrigation et de la conservation des domaines. C’est elle qui connaît l’évolution la plus sensible durant l’Ancien Empire : la charge des nomarques devient héréditaire en fait.

De Djoser à Nitocris, l’art a évolué. Les représentations, à l’origine réservées au roi et aux membres de la famille royale s’étendront plus tard aux fonctionnaires.

Il n’y a pas d’Art pour l’Art. L’art est affaire de fonctionnaires et ne sert que deux buts : l’un politico-religieux exclusivement réservé au roi, l’autre funéraire progressivement conquis par les particuliers.

Le souci est de reproduire la réalité tout en fournissant un corps " habitable " pour l’éternité. Le corps est traité de façon plus idéalisée que le visage qui doit caractériser l’individu. De même, les attitudes sont stéréotypées car elles représentent une fonction.

Le principe de " la combinaison des points de vue " veut que chaque élément soit reconnu sans ambiguïté : l’œil n’est reconnaissable que de face, le nez de profil, les épaules se voient de face comme les mains alors que les bras sont de profil et le bassin de trois quarts…

La perspective n’est pas utilisée non plus.

La technique de la sculpture est connue par les scènes qui décorent les murs des mastabas et grâce à la découverte d’un atelier dans l’ensemble funéraire de Mykérinos.

Le bloc est dégagé dans la carrière et dégrossi sur place puis transporté vers l’atelier où les contours sont affinés. Ensuite la statue est polie et gravée.

Les attitudes sont déterminées par la fonction. Le roi est représenté assis sur un trône cubique massif. Il est vêtu d’un pagne chendjit et porte sur la tête les insignes de son pouvoir : couronne ou némès et barbe postiche. Il est généralement seul, les groupes étant rares.

A partir de la IVe dynastie, le roi peut être montré en train de célébrer le culte. A partir de la VIe dynastie, le roi peut être représenté enfant, peut-être à cause du jeune âge de Pépi II lorsqu’il monta sur le trône.

A la fin de la IVe dynastie se développe l’évocation des liens familiaux et le style s’éloigne peu à peu de la perfection. Les œuvres civiles se multiplient sous les Ve et VIe dynasties et tendent vers un plus grand souci de réalisme.

A côté de la statuaire en pierre, il existe depuis la IVe dynastie une tradition de travail sur bois.

Dans les mastabas, la représentation est travaillée directement sur la paroi de calcaire fin ravalée et préparée par lissage. Les scènes sont dessinées au trait. Au début, les sujets sont réservés et le fond est entièrement rabattu. Dès Chéops, on se contente de cerner les sujets par une incision profonde donnant du relief.

Lorsque la tombe se modifie et est creusée dans le sol, on égalise la paroi à l’aide de plâtre sur lequel on peint directement. Les thèmes réunissent toutes les scènes évoquant la vie terrestre ou les funérailles du mort.

 

Chapitre V Les Conceptions funéraires

A l’époque prédynastique, un tumulus symbolisant le tertre originel recouvrait la fosse où était enterré le défunt, entouré de quelques objets personnels et d’une vaisselle plus ou moins importante selon la fortune du propriétaire.

Au cours des deux premières dynasties, on évolue peu à peu vers le mastaba classique, à la fois lieu de culte et reproduction de la demeure terrestre, limité par des murs de briques à pilastres et redans donnant l’impression d’une "façade de palais " en fausse perpective. L’ensemble pouvait être entouré d’enceintes.

La stèle qui servait depuis les premiers rois thinites à rappeler le nom du défunt évolue et s’enrichit. Réservée au départ aux rois, les hauts fonctionnaires se l’approprient. Elle comporte, outre le nom du défunt, l’offrande qui doit lui être servie.

A cela se combine la "fausse porte " : une représentation en fausse perspective permettant à l’énergie du mort, son ka, l’accès au monde sensible d’où il devait retirer les aliments nécessaires à sa survie.

 

Chaque individu se compose de cinq éléments :

Djoser fit évoluer la forme de la tombe royale du mastaba à la pyramide.

Grâce aux recherches de Jean-Philippe Lauer, on a pu reconstituer les étapes successives du passage à la forme pyramidale.

L’ensemble est surmonté d’une construction massive carrée d’une soixantaine de mètres de côté sur huit mètres de haut.

Ce type de construction est repris par l’Horus Sekhem-khet à Saqqara même.

Les pyramides de Zaouiet el-Aryan annoncent une nouvelle technique dont le meilleur exemple est la pyramide de Snéfrou à Meïdoum.

Snéfrou fit une nouvelle tentative à Dahchour, avec la pyramide "sud ". Les installations intérieures durent être reprises et modifiées ainsi que la pente que l’on fit passer de 54°31’ à 43°21’. Cette rupture lui valu le nom de "pyramide rhomboïdale ". Cette pyramide apporte une nouveauté importante : la fixation par assises du revêtement qui est ainsi plus stable.

Le roi fit une troisième tentative, toujours à Dahchour, mais au nord du site : une nouvelle pyramide établie sur une base plus importante présentant dès le départ une pente de 43°36 dont le temple funéraire est resté inachevé.

La plus parfaite est celle de Chéops : 230 m de côté, chaque côté étant orienté vers un point cardinal, 146,59 m de haut elle était surmontée d’un pyramidion. Pillée dès l’Antiquité, il ne reste à l’intérieur qu’un sarcophage de granit.

La construction : Le choix du site se faisait en fonction de la capitale, sur la rive occidentale du fleuve. Il fallait un socle rocheux capable de supporter la masse des constructions. Le site est alors nivelé. L’orientation se faisait en fonction des côtés dirigés vers les points cardinaux. Une partie des pierres pouvaient être extraites des carrières locales. Le reste était transporté sur des chalands durant les hautes eaux, période où la main d’œuvre, surtout des paysans, était disponible.

(Cfr. Texte : description de Ouni pour le compte de Menenrê. p.156)

En ce qui concerne les techniques de levage, l’explication de J.-Ph. Lauer semble la plus vraisemblable : utilisation d’une ou plusieurs rampes dont on faisait varier la pente. On trouve des traces de ce type de rampe en briques crues à Karnak.

Les pyramides des Ve et VIe dynasties, à l’exception de Chepseska qui se fait construire à Saqqarah-Sud un énorme mastaba, reprendront le modèle de Chéops sans jamais égaler sa perfection ni sa taille.

Le complexe de Djoser à Saqqarah (plan p. 161) :

L’entrée, à l’angle sud-est, est la seule porte réelle parmi les 14 réparties sur le pourtour de l’enceinte.

Suit un couloir bordé de deux rangées de 20 colonnes puis une salle hypostyle.

On entre alors dans une grande cour située nord-sud qui sépare la pyramide (au nord) de cénotaphe (au sud).

De là, on accède à un ensemble consacré à la célébration de la fête-sed : un temple en T, une cour bordée de chapelles et comportant une estrade. Suivent une " Maison du Sud " puis une " Maison du Nord " où le roi devait recevoir les hommages des deux royaumes.

La partie septentrionale comprend les installations du culte funéraire proprement dit : un serdab où se trouvait une statue de Djoser et le temple funéraire.

L’organisation du complexe funéraire change à partir de la IVe dynastie (plan p. 162) :

Il comprend alors trois parties principales :

A côté des pyramides, des fosses sont destinées à recevoir des barques en bois.

Il ne s’agit pas d’une sépulture mais sa structure est proche de celle du complexe funéraire. Propre à la Ve dynastie, tous ces temples se situent entre Abousir et Abou Gourob. Celui de Niouserrê, que l’on sait le mieux reconstituer, est sans doute construit sur le modèle du temple d’Héliopolis.

Il est constitué du temple de la vallée où se célèbre le culte, en plein air, suivi d’une rampe d’accès menant à la représentation de benben, obélisque tronqué posé sur un large podium, incarnation du soleil créateur.

Ounas fixe le plan des installations intérieures du tombeau selon un schéma qui restera en vigueur jusqu’à la fin de l’Ancien Empire (voir schéma p.167). L’entrée est au nord. On accède à un vestibule dont trois herses de granit ferment le passage. Suit une antichambre qui conduit, vers l’est au serdab où sont entreposées les statues du défunt, vers l’ouest à la salle du sarcophage.

La pyramide d’Ounas est aussi la première dont les parois intérieures portent des textes funéraires. On les rencontre dans les tombeaux royaux de Saqqarah : Ounas, Téti, Pépi Ier, Merenrê, Pépi II et Aba.

Ils influenceront les Textes des Sarcophages du Moyen Empire qui, eux, ne sont plus réservés aux rois et qui, à leur tour, influenceront les Livres des Morts du Nouvel Empire et de la Basse Epoque.

Ces formules constituent un rituel visant à assurer au défunt le passage vers l’au-delà.

Les sujets du roi disposent leur tombe à proximité de sa sépulture. De véritables villes funéraires se constituent ainsi, de manière hiérarchisée (les plus nobles étant les plus proches de la pyramide).

Les tombes des particuliers conservent à l’Ancien Empire le type architectural du mastaba ( voir plan page 171).

On ignore si, à l’époque, le corps était momifié et il est probable que dans la majeure partie des cas on faisait confiance à la dessiccation naturelle.

L’embaumement. Les Egyptiens n’ont pas décrit dans le détail le processus de l’embaumement. Ce que l’on en sait vient surtout des auteurs grecs, Hérodote, Diodore, Plutarque ou Porphyre, ainsi que de l’analyse des momies grâce aux techniques modernes.

Le rituel était le même pour tous. La différence, selon la condition sociale, variait dans le prix des amulettes et les tissus employés.

A partir du Nouvel Empire, on glissait souvent un Livre des Morts entre les jambes de la momie.

La momie est ensuite placée dans un sarcophage. A l’origine, sa forme est carrée avec un décor en " façade de palais ". A partir de la VIe dynastie, le sarcophage commence à inclure du texte dont des chapitres des Textes des Sarcophages. Le matériau et la forme évoluent également.

Le mobilier funéraire est constitué de chevet, vaisselles et objets personnels.

Le caveau est fermé d’une herse et le puits est bloqué lors des funérailles. C’est la chapelle, qui se trouve dans la superstructure, qui évolue le plus : augmentation du nombre de pièces et ajout de niches.

Le schéma de la décoration de la chapelle est à peu près toujours le même. Le défunt accueille les visiteurs dès la porte sur laquelle figurent ses titres et son image.

Sur la paroi occidentale se trouvent la ou les fausses portes (celle du nord pour le défunt, celle du sud pour son épouse, entre les deux, un décor végétal).

Sur la paroi opposée se trouvent des scènes funéraires : pèlerinage à Bousiris (côté nord) et à Abydos (côté sud).

Sur les parois nord et sud sont représentées des scènes de la vie des domaines. De plus, sur la paroi sud derrière laquelle se trouve le serdab des scènes montrent l’encensement des statues.

Les scènes des tombeaux nous informent sur les croyances funéraires. Contrairement à son roi qui monte au ciel, le simple particulier reste dans sa tombe. C’est la proximité du dieu, donc du roi, qui garantit l’intégration du défunt au monde divin. Cela explique pourquoi les tombes des particuliers gravitent près de celle du roi. Cela justifie aussi l’omniprésence du roi dans la tombe même.

Les thèmes décoratifs restent centrés sur les réalités essentielles qui concernent le mort : scènes de la vie quotidienne, cortège funéraire, banquet funèbre…

 

Chapitre VI : La lutte pour le pouvoir

La délimitation appelée " Première Période Intermédiaire " s’étend sur un siècle et demi de la fin de la VIe dynastie jusqu’à la victoire définitive de la dynastie thébaine et la réunification de l’Egypte.

Elle ne fut pas considérée comme telle par les contemporains ni dans le découpage de Manéthon.

La crise que connu l’Egypte est probablement liée à plusieurs facteurs : la décadence du trop(?) long règne de Pépi II, l’effondrement de la VIème dynastie lors de la succession de Nitocris, des changements climatiques, une période de famine et de violence…

Selon Manéthon, la VIIème dynastie comprendrait 70 pharaons ayant régné chacun 70 jours. Cette formulation traduit une période où de multiples prétendants se disputaient le trône, probablement après la mort de Nitocris (2140 av. JC).

On attribue 17 rois à la VIIIème dynastie dont cinq reprennent le nom de couronnement de Pépi II : Néferkarê. Peut-être s’agit-il de ses fils ou de ses petits-fils.

Le Delta est aux mains d’envahisseurs venus de l’Est appelés " Asiatiques " par les Egyptiens. Le pouvoir des rois se limite à la région de Memphis.

Avec l’appui d’Assiout, les princes d’Hérakléopolis, capitale du riche 20ème nome de Haute-Egypte, s’arrogent le pouvoir. Méribrê Khéty Ier fonde la IXe dynastie (2160-2130), suivie de la Xe dynastie dont les rois se posent en successeurs de la lignée memphite.

Cependant, la Xe dynastie, contrairement à la IXe, ne prétend plus au contrôle de tout le pays et reconnaît l’existence de sa rivale thébaine en Haute-Egypte, la XIe dynastie.

L’autobiographie d’Ankhifi mentionne cette période d’opposition entre les dynasties thébaine et hérakléopolitaine. Nomarque d’Hiérakonpolis, Ankhifi dut lutter contre les princes thébains lors d’un épisode où le souverain d’Hérakléopolis, peut-être Néferkarê VII, se heurte au fondateur de la dynastie thébaine, Antef Ier (successeur de Antef " l’Ancien " et de Mentouhotep Ier) qui devient maître du Sud.

Antef II reprend la lutte dont le cadre se situe cette fois en Moyenne-Egypte.

L’opposition entre le Nord et le Sud n’est pas une guerre constante mais plutôt un état de paix précaire durant lequel le pays réussit à vaincre la famine et les troubles sociaux.

Le souverain hérakléopolitain Khéty III chasse les Bédouins et les Asiatiques du nord de l’Egypte et réorganise l’unité du Nord.

Au Sud, Thèbes est maîtresse de toute la Haute-Egypte jusqu’au sud d’Assiout où se livrèrent les derniers combats. La réunification finale y est réalisée par le fils d’Antef III, Mentouhotep II qui ouvre le Moyen Empire.

Face à l’affaiblissement du pouvoir et de l’image de la royauté, face à l’effondrement de certaines valeurs de la société, l’angoisse et le pessimisme qui en résultent s’expriment dans les œuvres littéraires.

L’enseignement de Mérikarê que le roi Khéty III adresserait à son fils date de la période hérakléopolitaine et est connu par trois copies de la XVIIIe dynastie. On peut établir un parallèle avec un autre Enseignement attribué à Amenemhat Ier (XIIe dynastie) :

Le Dialogue du Désespéré avec son Ba est un constat désespéré d’un homme face à une vie où règne la violence des méchants.

Le Conte du Paysan est connu par des versions de la fin de la XIIe et de la XIIIe dynastie. Il nous donne de précieuses informations sur la société et la morale de la Première Période Intermédiaire.

Un paysan, sous le règne de Nebkaourê Khéty II est victime d’un intendant cupide. Il demande justice au gouverneur des domaines qui transmet sa supplique au roi. Ce dernier le laissera plaider neuf fois avant de lui donner enfin gain de cause lorsque le plaignant se remet, en désespoir de cause, entre les mains d’Anubis.

Dans les Textes des Sarcophages dont les premiers exemples apparaissent à la fin de l’Ancien Empire, une idée nouvelle se développe : le mort se retrouve devant le tribunal d’Osiris. S’il a respecté l’équilibre incarné par Maât, Osiris l’accueillera parmi les bienheureux.

Chaque école développe sa propre tendance tout en maintenant les canons memphites. De nouveaux matériaux, comme le bois, sont utilisés.

 

Chapitre VII : Le Moyen Empire

Montouhotep II prend la succession d’Antef III vers 2061. La pacification durera plusieurs années et ne sera achevée que vers l’an 30 de son règne.

Il déplace la capitale à Thèbes, renforce l’administration, se lance dans des entreprises de constructions et renoue avec la politique extérieure de l’Ancien Empire. Il met les frontières à l’abri de nouvelles invasions d’Asiatiques et entreprend des campagnes en Nubie.

Il meurt après cinquante et un ans de règne et laisse à son successeur, son fils Montouhotep III un pays prospère et unifié.

Montouhotep III est assez âgé lorsqu’il monte sur le trône et ne régnera que durant douze ans. Il poursuit le programme de construction de son père, renforce la protection des frontières dans le Delta oriental et fait édifier des fortifications. Il mène une expédition au pays de Pount et reprend l’extraction de pierres dans le Ouadi Hammamat.

Sous Montouhotep IV, dernier roi de la XIe dynastie, la situation du pays est confuse. On sait par un graffiti du Ouadi Hammamat qu’il y envoya une expédition de mille hommes.

L’expédition de Montouhotep IV est conduite par son vizir Amenemhat qui deviendra roi, non sans opposition.

En l’an 20 de son règne, il associe son fils Sésostris au trône. Cette pratique nouvelle sera appliquée pendant toute la XIIe dynastie. Le dauphin joue le rôle du bras de son père qui lui délègue l’armée. Les efforts du roi se portent sur la Nubie où il mène des expéditions.

Amenemhat Ier est assassiné en 1962 à la suite d’une conspiration ourdie par le harem. Sésostris Ier lui succède. Cet événement marquera la littérature.

Le Conte de Sinouhé : Sinouhé, au retour de la campagne de Libye, apprend la mort du roi et, pour une raison inconnue, prend peur et se réfugie en Syrie. Les années passent et il se retrouve chef de tribu. Mais la nostalgie le mine et il demande grâce à Sésostris qui accepte son retour. Cette histoire morale d’un fonctionnaire repenti et pardonné parce qu’il a su rester loyal est l’une des œuvres les plus populaires de la littérature égyptienne.

L’enseignement d’Amenemhat Ier est un texte rédigé sur le modèle de L’Enseignement pour Mérikarê. Son but est surtout d’expliquer la légitimité du successeur du roi assassiné.

Le thème de l’ingratitude humaine est un rappel de la révolte des hommes contre le Créateur. Le roi, assimilé à Rê, transmet son pouvoir à son successeur comme le démiurge le fit jadis lorsqu’il se retira dans le ciel, dégoûté à jamais de ses créatures.

La prise de pouvoir de Sésostris Ier n’entraîna aucun trouble et son long règne de quarante-cinq ans fut pacifique. Il bâtit beaucoup. Se réclamant de la tradition héliopolitaine, il adopte comme nom de couronnement Néferkarê et reconstruit le temple de Rê-Atoum d’Héliopolis. Son activité s’étend aussi au temple d’Amon-Rê de Karnak : de 1927 à 1937, H. Chevrier a pu reconstituer à partir de blocs réemployés par Amenhotep III dans le troisième pylône, un kiosque de fête-sed de l’époque de Sésostris Ier.

Sésostris Ier achève la conquête de la Basse-Nubie et installe une garnison à Bouhen, sur la Deuxième cataracte. Il contrôle le pays de Koush, de la Deuxième à la Troisième Cataracte. Dans le désert oriental, il exploite les mines d’or à l’est de Coptos ainsi que les carrières de Ouadi Hammamat.

A l’Ouest, il assure le contrôle des oasis du désert de Libye.

Son fils, Amenemhat II régna presque trente ans. La paix continue sous son règne comme sous celui de son successeur, Sésostris II.

L’Egypte commence à jouer un grand rôle au Proche-Orient et s’ouvre aux influences orientales qui commencent à être sensibles dans la civilisation et dans l’art.

Après une corégence de presque cinq ans, Sésostris II succède à son père pour une quinzaine d’années. Il entreprend l’aménagement du Fayoum, oasis située à environ quatre-vingts kilomètres au sud-ouest de Memphis et canalise le Bahr Youssouf, qui se déversait dans le futur lac Qaroun, en construisant une digue à Illahoun et en lui adjoignant un système de drainage et de canaux. Le projet ne sera achevé que sous Amenemhat III. Ces grands travaux ont provoqué un nouveau déplacement de la nécropole royale qui après être remontée à Dahchour avec Amenemhat II s’installe à Illahoun.

Lorsque Sésostris III monte sur le trône, il choisit de mettre fin au pouvoir grandissant des dynastes locaux. Il supprime la charge de nomarque et place la nouvelle organisation du pays sous la direction du vizir en trois ministères (ouâret) : un pour le Nord, un autre pour le Sud et un troisième pour la " Tête du Sud ", c’est-à-dire Eléphantine et la Basse-Nubie.

Chaque ministère est dirigé par un fonctionnaire aidé d’un assistant et d’un conseil (djadjat). Celui-ci transmet les ordres à des officiers qui, à leur tour, les font exécuter par des scribes.

Les conséquences de cette réforme sont doubles : la perte d’influence de la noblesse et l’ascension de la classe moyenne.

Sésostris III organise plusieurs expéditions en Nubie et fixe la limite de son autorité à Semna. On ne connaît qu’une campagne en Syro-Palestine contre le Mentjiou qui conduit les Egyptiens à affronter les populations de Sichem et du Litani.

Tout comme son prédécesseur, Amenemhat III est respecté de Kerma à Byblos. Durant ses quarante-cinq ans de règne, il mène l’Egypte au sommet de la prospérité. La paix règne à l’intérieur comme à l’extérieur.

L’exploitation des mines du Sinaï et des carrières est intense et se traduit par de nombreuses constructions : en Nubie, dans le Fayoum… Il se fait élever deux pyramides, une à Dahchour, l’autre à Hawara.

Amenemhat IV succède à son père vers 1798 après une courte corégence. Le Fayoum reste sa préoccupation première.

Amenemhat IV règne un peu moins de dix ans. A sa mort, la situation du pays tend à se dégrader. Peut-être est-ce dû, comme ça a été le cas à la fin de l’Ancien Empire, à la longueur des règnes de Sésostris III et d’Amenemhat III, chacun ayant eu un règne d’environ un demi-siècle, conduisant à des difficultés successorales. Comme à la fin de la IVème dynastie, le pouvoir échoit à une reine, Néfrousobek, qui pour la première fois est désignée comme une femme pharaon. Les listes royales lui attribuent un court règne de trois ans.

La XIIIème dynastie, avec laquelle on fait commencer la " Deuxième Période Intermédiaire " semble être la suite légitime de la XIIème. Rien ne donne l’impression d’une coupure brutale : le pays ne s’effondre nullement durant le siècle et demi qui précède la prise de pouvoir par les Hyksôs.

Le Moyen Empire est l’époque où la langue et la littérature atteignent leur forme la plus parfaite. Tous les genres sont représentés.

L’Enseignement : Maximes de Ptahhotep, Instructions pour Mérikarê, Maximes de Djedefhor, Instructions pour Kagemni. C’est au Moyen Empire que fut composé un des Enseignements les plus répandus : la Kemit, c’est-à-dire la " somme " achevée d’un enseignement dont la perfection reflète celle de l’Egypte (Kemet, " la (terre) noire "), elle-même image parfaite de l’univers.

La Satire des Métiers a été composé au début de la XIIe dynastie par le scribe Khéty, fils de Douaouf. Il est connu par plus de cent manuscrits.

Dans le genre politique : l’Enseignement d’Amenemhat Ier et La prophétie de Néferti ; L’Enseignement loyaliste, les Instructions d’un homme à son fils, les Instructions au vizir.

C’est la grande époque du roman : Le conte du Paysan, le conte de Sinouhé, le conte du naufragé.

Les grands récits mythologiques datent aussi de cette époque mais sont connus par des versions plus tardives :

- la légende de la Destruction de l’Humanité

- le conte d’Isis et de Rê

- le conte d’Horus et de Seth

Il en est de même des grands drames sacrés : le Drame du Couronnement, le Drame Memphite.

Le courant pessimiste est représenté par le Dialogue du désespéré avec son Ba et les Collections de paroles de Khâkhéperrêséneb.

Il faut encore citer l’hymnologie royale, la diplomatique, les récits autobiographiques et historiques, la correspondance, les textes administratifs qui sont abondamment représentés ainsi que la littérature spécialisée : traités de médecine, de mathématiques, fragments gynécologiques, vétérinaires, médico-magiques.

Notons également le premier représentant des onomastica découvert au Ramesseum : ces listes de mots qui passent en revue les catégories de la société ou de l’univers (noms de métiers, oiseaux, animaux, plantes, listes géographiques, etc.) étaient destinées à la formation des élèves des écoles.

Les œuvres littéraires du Moyen Empire témoignent d’un raffinement qui allie la tradition de l’Ancien Empire à une sobriété plus proche de l’humain. Il est également sensible dans la production artistique, quelle qu’elle soit, de l’architecture aux arts mineurs.

La " chapelle blanche " que Sésostris Ier construisit à Karnak offre une pureté de formes remarquable, tout comme le temple de Qasr es-Sagha ou de Medinet Madi.

Nous connaissons toutefois peu les constructions des rois du Moyen Empire. On peut toutefois juger de leur qualité à partir d’édifices funéraires et tout particulièrement de celui de Montouhotep II à Deir el-Bahari. La reine Hatchepsout reprendra ce modèle pour le temple qu’elle fera édifier à côté.

L’originalité de la recherche architecturale de Montouhotep reste liée à Thèbes. En déplaçant la capitale, ses successeurs renouent avec l’organisation memphite du complexe funéraire. Ils choisissent des sites au sud de Saqqarah : Licht, entre Dahchour et Meïdoum, où s’installent Amenemhat Ier et Sésostris Ier. Le site de Dahchour est également utilisé par les souverains de la XIIIe dynastie.

Toutefois, les deux rois qui se sont attachés à la mise en valeur du Fayoum, Sésostris II et Amenemhat III ont tenu à s’en rapprocher et se sont fait enterrer, le premier à Illahoun, le second à Hawara.

L’emprise de l’Ancien Empire marque fortement la statuaire royale même si le roi n’est plus le dieu intangible et s’est humanisé. Toutefois, elle évolue davantage que la statuaire privée qui connaît peu de nouveautés.

La seule réelle innovation est la statue-cube : un personnage assis dont les jambes repliées vers le menton forment un bloc d’où bientôt n’émergera plus que la tête. Cette forme, née des recherches géométrisantes de la Première Période Intermédiaire offre un support commode au texte qui les envahira à la Basse Epoque.

Le Moyen Empire est considéré comme la période classique par excellence de la civilisation égyptienne. Et cela, même si sur le plan architectural, c’est la bien moins connue. Ce jugement tient à la qualité des œuvres qui nous sont parvenues.

 

Chapitre VIII : L’Invasion

L’afflux continu de main-d’œuvre asiatique, particulièrement sous Amenemhat III permet l’implantation de populations dans le nord du pays. Ces communautés tendront à s’unifier pour occuper le territoire, provoquant le morcellement du pays dont le pouvoir sera cantonné dans le Sud.

Cette période peu connue qui n’est pas une période historique en soi commence à la fin de la XIIe dynastie, à la mort de Néfrousobek vers 1785, et se termine avec la prise de pouvoir d’Ahmosis vers 1560, ouvrant le Nouvel Empire.

La XIIIe dynastie gouverne seule dans un premier temps puis entre en compétition avec les princes de Xoïs et ceux d’Avaris, dans le Delta, qui forment les deux dynasties hyksôs, les XVe et XVIe, concurrentes de la XVIIe dynastie thébaine, jusqu’à ce qu’Ahmosis les expulse. Les listes donnent plus de cinquante rois pour la XIIIe dynastie.

La XIIIe dynastie maintient la continuité avec la XIIe. Les rois se font enterrer selon la tradition du Moyen Empire et laissent des pyramides à Dahchour, à Saqqarah et à Licht.

Les positions de l’Egypte se maintiennent à l’extérieur, en Nubie comme au Proche Orient.

Neferhotep Ier reste 11 ans au pouvoir. Il doit avoir autorité, le Sud mis à part, sur l’ensemble du Delta à l’exception du 6e nome de Basse Egypte dont le chef-lieu, Xoïs (Qedem, à proximité de Kafr el-Cheikh) aurait été la capitale de la XIVe dynastie, parallèle à la XIIIe dynastie et à la dynastie hyksôs qui va bientôt surgir à Avaris.

C’est sous le règne du frère de Neferhotep Ier, Sobekhotep IV qui gouverne le pays durant 8 ans, que la ville d’Avaris (Hout-Ouret, " le grand château ") passe aux mains des Hyksôs.

Le nom de " hyksôs " est la déformation grecque de celui que leur ont donné les Egyptiens : heqaoukhasout, " les chefs des pays étrangers ". Cette appellation s’applique en fait à tout étranger et, ici, recouvre à peu près ceux que les Egyptiens appelaient " Asiatiques ".

Si la dernière étape de leur prise de pouvoir sur le Nord est violente, la progression des Hyksôs d’Avaris jusqu’au nord d’Héliopolis se fait progressivement et prend presqu’un demi-siècle. Leur implantation semble avoir été bien acceptée par la population.

Ils fondent leur mode de gouvernement dans le moule politique égyptien tout en conservant leur propre culture. Ils adoptent l’écriture hiéroglyphique, sont de grands constructeurs, maintiennent une religion " à l’égyptienne " autour de Seth d’Avaris dont ils se contentent d’accentuer les caractères sémitisants et continuent à porter le nom de Rê dans leur titulature.

Leur présence laissera de profondes empreintes dans la civilisation égyptienne. En matière militaire, ils introduisent l’utilisation du cheval attelé et de nouvelles technologies d’armement nées de l’industrie du bronze.

Salitis gouverne pendant vingt ans, probablement depuis Memphis, un royaume comprenant le Delta et la Vallée jusqu’à Gebelein ainsi que les pistes caravanières qui permettent de faire la jonction avec ses alliés nubiens. Cet état de fait durera jusqu’au règne d’Apophis Ier. Il délègue une partie de son autorité à une branche hyksôs vassale, improprement appelée XVIe dynastie par Manéthon.

Parallèlement naît à Thèbes une nouvelle dynastie, la XVIIe, issue d’une branche locale de la XIIIe dynastie. Elle est fondée par Rahotep. Pendant environ 75 ans, ces rois règnent sur les huit premiers nomes de Haute Egypte, d’Eléphantine à Abydos. Leurs ressources économiques sont maigres mais ils maintiennent la civilisation du Moyen Empire.

Le contemporain hyksôs de Rahotep est Yaqoub-Har (ou Iaqoub-Baal), successeur de Salitis. Il règne environ dix-huit ans et reste en bons termes avec les trois rois de Thèbes qui succèdent à Rahotep : Antef V " l’Ancien ", Antef VI puis Sobekemsaf II, le mieux connu des rois de la XVIIe dynastie. Son règne de seize ans est prospère.

Vers 1635/1633, pendant le règne de Sobekemsaf II, la XIIIe dynastie s’achève et la XIVe ne lui survivra que deux ou trois générations à Xoïs.

Du côté des Hyksôs, Khyan succède à Yaqoub-Har.

En Nubie, un roi nommé Nédjeh prend le pouvoir, installe sa capitale à Bouhen et règne d’Eléphantine à la Deuxième Cataracte. Ce royaume, allié aux Hyksôs, durera jusqu’à ce que Kamosé s’empare de Bouhen.

Les contemporains thébains de Khyan sont obscurs : Djéhouty, Montouhotep VII, Nebiryaou Ier. Deux figures se dégagent ensuite, celle d’Antef VII à Thèbes et d’Apophis Ier du côté Hyksôs. Sous leurs règnent, les deux royaumes vivent en paix et les échanges sont nombreux.

A la fin du règne d’Apophis Ier et durant celui d’Apophis II commence la lutte ouverte avec Thèbes où Taâ Ier, dit " l’Ancien " a succédé à Antef VII. Il cède la place à Séqénenrê Taâ II, dit " le Brave ". A sa mort, son fils Kamosé monte sur le trône et s’assure les pistes caravanières, coupant ainsi les communications entre le Nord et la Nubie.

Ahmosis reprend le combat contre les Hyksôs et la lutte s’échelonne sur plusieurs années dans le Delta, conduisant successivement à la prise de Memphis puis d’Avaris. La domination hyksôs ne sera réellement anéantie que lorsque les troupes égyptiennes s’emparent de la place forte de Charouhen, base arrière des " Asiatiques " dans le Sud-Ouest palestinien.

La chronologie des deux derniers rois hyksôs est un peu confuse : Aazehrê est le dernier de la XVe dynastie. Apophis III clôt la branche vassale de la XVIe dynastie.

Après avoir chassé les Hyksôs , Ahmosis entreprend de reconquérir la Nubie. En vingt-cinq ans de règne, il a achevé la libération de l’Egypte et ramené ses relations internationales au niveau de ce qu’elles étaient à la fin du Moyen Empire. Lorsqu’il disparaît, son fils Amenhotep Ier lui succède.

 

TROISIÈME PARTIE : L'EMPIRE

Chapitre IX Les Thoutmosides

La reconquête du pays est suivie de sa réorganisation. Il semblerait que les structures administratives aient continué à fonctionner dans les cadres établis au Moyen Empire et que l’organisation des Hyksôs, au vu de la prospérité du pays à leur époque, devait être efficace. Il a donc suffit de reprendre les cadres existant.

L’ouverture sur le Proche-Orient continue et conditionne la reprise de l’importation de matières premières : l’argent et l’or d’Asie et de Nubie, le lapis-lazuli d’Asie centrale, la turquoise du Sinaï…

Les constructions religieuses et funéraires reprennent. Amon thébain est privilégié au détriment des cultes de Moyenne et de Basse Egypte.

Il reste des incertitudes quant aux datations du début de la XVIIIe dynastie.

A la mort d’Ahmosis, son épouse Ahmès-Néfertary assure la régence pour son fils, Amenhotep Ier, trop jeune pour régner.

Amenhotep Ier monte donc sur le trône probablement vers 1526. Ses vingt et une années de règne sont pacifiques, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur même si le Mitanni commence à remettre en cause la domination égyptienne à proximité de l’Euphrate.

L’essor du pays se poursuit tant sur le plan économique qu’artistique mais peu de réalisations de l’époque sont parvenues jusqu’à nous. On ignore où se situe la tombe d’Amenhotep Ier. Est-ce à Dra Abou’l-Naga ? Il serait le dernier à avoir choisi ce site puisque son successeur Thoutmosis Ier inaugure la nécropole de la Vallée des Rois. La seule chose sûre est qu’il apporte une modification radicale à la structure du complexe funéraire en séparant la sépulture du temple funéraire. Il sera suivi en cela de tous ses successeurs qui construiront chacun sur la rive occidentale de Thèbes leur " Demeure des Millions d’Années ".

Amenhotep Ier ayant perdu son fils Amenemhat, c’est le descendant d’une branche collatérale qui lui succède : Thoutmosis Ier. Ce dernier confirme sa légitimité en épousant Ahmès, la sœur d’Amenhotep Ier. De ce mariage naît une fille, Hatchepsout, et un garçon, Aménémès, qui ne régnera pas.

Hatchepsout épouse son demi-frère, né d’une concubine, qui monte sur le trône sous le nom de Thoutmosis II. Thoutmosis II et Hatchepsout n’eurent pas d’héritiers mâles mais une fille, Néférourê. Par contre, le roi eut un fils d’une épouse secondaire : Thoutmosis III qui épouse sa demi-sœur Néférourê.

Thoutmosis Ier mène des expéditions militaires et établit une stèle frontière au bord de l’Euphrate. En Nubie, il a établi sa domination jusqu’à la Troisième Cataracte.

Thoutmosis II entretient cette domination par deux campagnes : l’une en Nubie, l’autre en Palestine.

A la mort de Thoutmosis II, Thoutmosis III est trop jeune pour régner. C’est Hatchepsout qui va exercer la régence avant de se faire couronner roi : officiellement, Thoutmosis III n’est plus que son corégent.

Pour justifier cette usurpation, elle met en quelque sorte son époux Thoutmosis II entre parenthèses et s'invente une corégence avec son père Thoutmosis Ier. Ce " texte de la jeunesse d’Hatchepsout " se trouve dans le temple funéraire qu’elle se fait construire à Deir el-Bahari.

Parmi les grandes figures du règne de la reine, il faut citer Senmout qui reprend à Deir el-Bahari l’idée générale du temple de Montouhotep II pour la construction de celui d’Hatchepsout exécuté par le Grand Prêtre d’Amon Hapousebeb. Notons également le chancelier Néhésy qui dirige l’expédition que la reine envoie vers le pays de Pount.

Hatchepsout règne ainsi jusqu’en 1458, c’est-à-dire en l’an 22 de Thoutmosis III qui récupère alors son trône.

A la mort d’Hatchepsout, Thoutmosis III doit faire face à une révolte des principautés asiatiques, coalisées autour du prince de Qadech sous l’influence du Mitanni.

Il ne lui faudra pas moins de dix-sept campagnes pour maîtriser la situation. On peut suivre l’affrontement entre Egyptiens et Mitanniens à travers les Annales que Thoutmosis III fit graver dans le temple d’Amon-Rê de Karnak.

En l’an 22-23, il part du Delta oriental, remonte par Gaza, atteint la plaine de Megiddo, assiège la ville qui finit par tomber et remonte vers Tyr.

Durant les trois campagnes suivantes, il mène des tournées d’inspection et brise la branche occidentale de la coalition.

De l’an 29 à l’an 32, Thoutmosis III s’attaque au Djahy et à Qadech. Il prend Oullaza et Ardata.

Lors de la sixième campagne, l’année suivante, les Egyptiens arrivent en Syrie par la mer ; remontent jusqu’à Qadech puis se tournent à nouveau vers la côte, marchent sur Simyra au nord de l’embouchure du Nahr el-Kébir et se portent contre Ardata.

L’année suivante, il mène une septième campagne, à nouveau contre Oullaza dont la chute amène la soumission des ports phéniciens.

En l’an 33 commence une nouvelle phase des guerres d’Asie : l’affrontement direct avec le Mitanni. Pour y arriver, il fallait franchir la barrière naturelle qu’est l’Euphrate. L’armée traînera des bateaux fluviaux à travers la Syrie. Les Egyptiens atteignent Qatna à l’est de l’Oronte puis franchissent l’Euphrate où Thoutmosis III consacre une stèle commémorative à côté de celle érigée naguère par son grand-père. Il remonte vers le nord, ravage la région de Karkémish puis retourne sur l’Oronte.

Les neuf campagnes suivantes seront consacrées à essayer de réduire les forces mitanniennes en Naharina.

La fin du règne est plus calme : la suprématie égyptienne est provisoirement reconnue au Proche-Orient et les relations avec la mer Egée sont cordiales.

Thoutmosis III laisse l’image d’un grand roi : le souvenir du franchissement de l’Euphrate reste impérissable. Les campagnes de Syrie serviront de toile de fond à un conte relatant la prise de Joppé par le général Djéhouty. La tradition lui reconnaît également le goût pour la botanique et l’art de la littérature.

Deux ans avant sa mort, il associe le fils qu’il a eu de sa seconde épouse, Hatchepsout II Mérirê, Aakhépérourê Amenhotep II, moins intellectuel que son père et davantage porté sur les activités militaires et sportives.

Ce dernier mène trois campagnes en Syrie, directement dirigées contre le Mitanni , qui se soldent par la perte de la zone comprise entre l’Oronte et l’Euphrate. Ce seront les derniers affrontements avec le Mitanni. Sous Thoutmosis IV, les relations changent du tout au tout. Le nouvel empire hittite fondé par Tudhaliya II menace le Mitanni qui tente alors un rapprochement avec l’Egypte.

La paix règne en Nubie où Amenhotep II décore en partie Kalabsha et poursuit les travaux entrepris par Thoutmosis III à Amada. Il construit également en Thébaïde.

A la mort d’Amenhotep II, Thoutmosis IV lui succède. La stèle qu’il fait graver entre les pattes du sphinx de Gîza relate que le grand dieu lui promit en songe la royauté s’il le désensablait. Son règne ne dura que neuf ans : le roi mourut prématurément à l’âge d’environ trente ans.

Si la peinture thébaine tend à son apogée sous Thoutmosis IV, le règne d’Amenhotep III, en ouvrant encore plus le pays aux influences orientales, atteint un degré de raffinement qui restera inégalé par la suite.

Amenhotep III est le fils d’une concubine de Thoutmosis IV, Moutemouia. Il monte sur le trône à l’âge de douze ans et sa mère assure la régence. Il épouse une femme d’origine non royale, la reine Tiy, fille d’Youya et de Touya. Le frère de la reine, le divin Ay succédera à Toutankhamon. L’influence de Tiy dans la conduite des affaires fut importante. Elle met en avant pour la première fois le rôle de la " Grande Epouse du Roi " qui prend le pas sur la reine mère.

Le règne d’Amenhotep III est marqué par la paix. Son nom est attesté en Crête, à Mycène, en Etolie, en Anatolie, au Yémen, à Babylone… Le rapprochement égypto-mitannien est consommé par le mariage d’Amenhotep III et de Gilu-Heba puis de Tadu-Heba(t), filles de rois du Mitanni. Il épouse également deux princesses de Babylone.

La puissance montante de l’époque, ce sont les Hittites qui vont prendre un ascendant décisif à la charnière des règnes d’Amenhotep III et d’Amenhotep IV.

L’Egypte est à l’apogée de son rayonnement et de sa puissance. Amenhotep III est un des plus grands constructeurs que le pays ait connu. Il couvre la Nubie de monuments, dans le Nord, il construit à Athribis et à Bubastis. Il commence les grands travaux du Serapeum à Saqqarah. Dans la Vallée, il bâtit à Elkab, Souménou, Abydos et Hermopolis. A Thèbes, il fait construire à Louxor un temple censé être le " harem méridional " d’Amon-Rê et fait consacrer dans le temple de Mout, au sud de l’enceinte de Karnak, six cents statues de la déesse Sekhmet. Sur la rive occidentale, il se fait édifier un palais à Malgata et un gigantesque temple funéraire dont il ne reste que deux statues monumentales (appelées colosses de Memnon).

Il meurt en l’an 39 en ayant peut-être associé, dans les derniers temps, son fils au trône.

 

Chapitre X : Akhénaton

Amenhotep IV, dont la corégence avec Amenhotep III est discutée, règne seul à partir de 1378/1352 et se fait couronner à Karnak, signe qu’au départ, il n’était pas en lutte ouverte avec le clergé d’Amon-Rê. Il entreprend d’ailleurs un programme de construction traditionnel.

Il épouse sa cousine Nefertiti, fille de Ay et de Tiy II, donc petite fille de Youya et Touya. Amenhotep IV et Nefertiti forment un couple encore plus étroitement lié politiquement que celui d’Amenhotep III et Tiy. Comme eux, ils sont associés dans les cérémonies, mais, chose nouvelle, l’art officiel les représente dès le début dans des scènes familiales jugées jusque là trop intimes pour être montrées.

C’est en l’an 2 de son règne qu’Amenhotep IV donne à Aton la place qu’occupait Amon-Rê. En l’an 5 de son règne, il procède à la fondation de la nouvelle capitale qu’il appelle Akhetaton, " l’Horizon du Disque " et marque le site de quatorze stèles frontières.

Depuis le début de la XVIIIe dynastie, la montée des cultes héliopolitains tend à concentrer autour de Rê la création et l’entretien de la vie, sans toutefois écarter les autres dieux. Il serait donc exagéré de parler de monothéisme mais plutôt d’une fusion de compétences multiples dans le Créateur par excellence qu’est le soleil.

Amenhotep IV choisit d’en adorer l’aspect sensible, le Disque. Le résultat donne un ton universaliste qui présente les apparences du monothéisme.

L’originalité d’Akhenaton est d’avoir fourni une image facile à appréhender en évitant le détour par le clergé spécialisé, seul capable de servir d’intermédiaire entre les hommes et un dieu impénétrable. Aton permet la perception immédiate du divin, par opposition à Amon, le dieu " caché ".

Le Disque est une forme du Créateur dont le roi est l’équivalent terrestre. Il prend également en charge les morts, même si Osiris reste à l’honneur.

L’impact de cette réforme sur la population est quasiment nulle. D’abord parce que la Cour se confine très vite à Akhetaton. Ensuite parce que le peuple, écarté de ce qui se passait dans les palais et les temples, continue à vivre sur les bases religieuses traditionnelles.

L’originalité de l’image d’Akhenaton est moins importante qu’on ne pourrait le croire. Il conserve tout l’apparat phraséologie de ses prédécesseurs. Ainsi, il se fait représenter en train de massacrer des ennemis vaincus. Il ne touche pas aux structures de l’administration. Sur le plan politique, sa " révolution " renforce l’absolutisme théocratique : le roi est l’intermédiaire obligé entre les hommes et le Disque.

La réforme a des effets dans deux domaines surtout : l’économie et l’art.

Akhenaton ferme certains temples ou limite leurs activités et rattache les biens cléricaux à la Couronne. La construction de la nouvelle capitale et des nouveaux temples se fait au détriment de l’économie en général et de l’économie divine en particulier.

Les conséquences de l’atonisme sur les arts et les lettres sont plus spectaculaires et plus durables. Une plus grande liberté se manifeste dans les œuvres contemporaines, surtout dans les compostions poétiques : hymnes et litanies divins et royaux. La langue parlée est introduite dans les textes officiels et dans les grandes œuvres.

Dès le règne d’Amenemhat III, l’idéalisme officiel cède le pas à un réalisme plus sensuel qui n’hésite pas à souligner les formes du corps par des techniques comme celle du " drapé mouillé ". Ce traitement plus généreux des volumes apparaît aussi dans le dessin où l’usage de la ligne est moins rigoureux, l’emploi des couleurs plus souple.

La mode évolue également : nouveaux costumes, nouvelles coiffures…

Des détails stylistiques sont caractéristiques de la période : l’inclinaison de l’œil dans l’orbite et l’étirement des lignes qui produira les fameux yeux " en amendes " d’Akhenaton, les plis dans le cou, les oreilles percées, etc.

Akhenaton radicalise la tendance pour lui-même et sa famille dès la deuxième année de son règne en poussant le réalisme jusqu’à la caricature : l’affaissement des chairs prend une apparence pathologique.

Au fil des ans, le trait s’adoucit et, à la fin du règne, les études d’après nature l’emportent, comme la célèbre tête de Nefertiti de Berlin.

De nouveaux thèmes apparaissent : l’image de la famille, omniprésente dans toutes les scènes, y compris et surtout celles du culte.

La construction et la première occupation de la ville se font entre l’an 5 et l’an 6 du règne d’Akhenaton.

En l’an 12, la reine Tiy s’installe à la cour d’Armana. Cette installation a été interprétée comme la preuve qu’Akhenaton n’a régné seul qu’à partir de cette date. Cette même année, l’une des six filles du couple royal, Mékétaton, meurt. Nefertiti semble jouer un rôle moins important après l’an 12. Elle se serait même séparée de son mari si l’on en juge que l’une de ses filles, Méritaton, la remplace dans les cérémonies auprès du roi.

Les trois années de la fin du règne sont troubles : le pays est livré aux persécutions anti-amoniennes qui se traduisent par le martelage des noms du dieu, martelage que subiront à leur tour Akhenaton et son dieu quelques années plus tard.

Peut-être y a-t-il eu une corégence avec Néfernéférouaton Smenkhkarê qui a d’ailleurs été attesté comme roi, son règne devant se situer entre ceux d’Akhenaton et de Toutankhaton pour une durée possible de deux ans. Le corps de Smenkhkarê a été retrouvé dans une tombe qui lui a été consacrée dans la Vallée des Rois. Tout indique qu’il s’agit d’un réensevelissement hâtif. Dans cette tombe, on a retrouvé d’autres restes qui sont peut-être ceux de la reine Tiy.

On pense généralement que toute la famille royale a ainsi été transférée sous le règne de Toutankhamon.

Il est probable que Smenkhkarê puis Toutankhaton étaient des cousins ou des neveux d’Akhenaton qui légitimèrent leur montée sur le trône en épousant chacun l’une des filles du roi.

Lorsqu’il succède à Smenkhkarê, Toutankhaton est âgé d’environ neuf ans. Il épouse la princesse Ankhesenpaaton. Très rapidement, il quitte Amarna pour Memphis. La ville d’Akhetaton est abandonnée après seulement une trentaine d’années d’existence.

Le retour à l’orthodoxie amonienne se fait sous Toutankhaton, probablement sous l’influence du divin père Ay. Le jeune roi commence par changer son nom en Toutankhamon. Il meurt à environ dix-neuf ans sans avoir eu d’enfant de son épouse Ankhesenamon : avec lui s’éteint la lignée d’Ahmosis. Sa veuve supplie le roi hittite Suppiluliuma de lui envoyer un de ses fils pour l’épouser et en faire le pharaon d’Egypte. Le prince n’arrivera jamais et l’union entre les empires hittites et égyptiens ne se fera pas.

Ankhesenamon épouse peut-être le vizir de son défunt mari, Ay qui, lui-même, ne régnera que durant quatre ans.

La réelle coupure dynastique a lieu lorsque le commandant en chef de l’armée, Horemheb, prend le pouvoir et se présente comme restaurateur de l’ordre établi.

Il fut un grand constructeur, surtout à Karnak. Après vingt-sept ans de règne, il sera enterré à Thèbes, dans la Vallée des Rois. N’ayant pas d’héritier mâle, Horemheb transmet le pouvoir à un autre militaire, un général originaire du Delta qui va fonder une nouvelle dynastie, celle des Ramsès.

 

Chapitre XI : Les Ramessides

Ramsès Ier n’est pas de sang royal mais provient d’une lignée de militaires. Son nom d’Horus, " Celui qui confirme Maât à travers les Deux Terres ", montre sa volonté de continuer l’œuvre d’Horemheb. Son prénom, Ramessou, " Rê l’a mis au monde " et son nom de couronnement, Menpehtyrê, " stable est la puissance de Rê " soulignent sa relation privilégiée avec Rê.

Afin de retrouver les racines de la théocratie et afin d’éviter que le clergé thébain reprenne trop de poids, le pouvoir s’installe à Memphis.

Après deux brèves années de règne, son fils Séthi Ier lui succède. Il mène une politique d’équilibre. La résidence royale est à Memphis mais Thèbes reste la capitale. Il promotionne le dieu Seth d’Avaris et (re)construit le sanctuaire de Rê à Héliopolis. Il entreprend à Karnak la construction d’une partie de la salle hypostyle qui sera achevée par Ramsès II et, en Nubie, celle du temple de Gebel Barkal.

L’œuvre principale de son règne est sa politique extérieure. A la fin de l’époque amarnienne, toute la Palestine est hostile à l’Egypte. Une première campagne lui permet de pacifier la Palestine et d’avancer jusqu’au Liban. L’année suivante, son armée avance jusqu’à Qadech et pacifie la région d’Amourrou. Une troisième campagne est organisée contre les Libyens. On sait peu de choses de la quatrième expédition contre les Hittites : la zone d’influence égyptienne s’arrête au sud de Qadech et le roi Mouwatalli passe un accord de paix avec son rival.

Il poursuit l’exploitation des mines de turquoise du Sinaï dont l’activité avait repris sous Ramsès Ier et met en valeur les mines d’or du désert d’Edfou et de Nubie.

Dans l’art, son style caractéristique reste assez proche, par la finesse et le modelé, de l’art amarnien. Ces qualités se retrouvent dans son hypogée de la Vallée des Rois, dans le temple funéraire de Gourna et surtout dans celui d’Abydos et dans l’Osireion, le tombeau d’Osiris, qu’il fait édifier à proximité.

Ramsès II succède à son père vers 1304 ou 1279-1278. Son règne est de loin le plus glorieux et le mieux connu.

Dès l’an 2 de son règne, Ramsès II défait en combat naval un raid de pirates chardanes qu’il incorpore à son armée.

Les combats égypto-hittites ne commencent qu’en l’an 4 par une première campagne en Syrie. L’année suivante, les Egyptiens remontent jusqu’à Qadech où se déroule l’une des batailles les plus célèbres de l’histoire du Proche-Orient ancien. Considérée comme le plus haut fait de son règne, Ramsès II la fait relater sur les murs de ses temples : à Abydos, en trois endroits du temple d’Amon-Rê de Karnak, deux fois à Louxor, au Ramesseum et à Abou Simbel. Sans oublier les versions sur papyri.

La victoire de Ramsès II est plutôt un accord de paix : Ramsès a seulement sauvé son armée. A peine a-t-il le dos tourné que Mouwatalli destitue le prince d’Amourrou, mettant fin à l’existence de la province d’Oupi et créant un véritable glacis anti-égyptien en Syrie.

Pendant ce temps, la situation évolue entre les Hittites et l’Assyrie. Adad-Nirari Ier soumet le Hanilgalbat, c’est-à-dire le cœur du Mitanni, entre le Tigre et l’Euphrate, qui était passé du côté de Mouwatalli.

De son côté, Ramsès II doit faire face à l’Ouest à des incursions libyennes qui le contraignent à édifier une chaîne de forteresses pour contrôler les déplacements des nomades.

En l’an 7 de son règne, il lance à nouveau une campagne en Syrie et conforte ses positions par une nouvelle campagne en l’an 8-9.

L’empire hittite, menacé de l’extérieur par l’Assyrie, doit faire face à une crise dynastique à la mort de Mouwatalli, opposant un bâtard, Urhi-Teshub, au frère du roi Hattusili III.

C’est le tournant des relations égypto-hittites. En l’an 21, Ramsès II signe avec Hattusili III le premier traité d’Etat à Etat de l’Histoire, dont un double était conservé dans les deux capitales, transcrit dans la langue de chacun des deux empires. Ce trait fonde une paix durable puisque tout au long du règne de Ramsès II, les deux pays ne s’affronteront plus. Ramsès II épouse même deux princesses hittites.

Le règne de Ramsès II est aussi une date possible pour l’Exode. La présence des Apirou est bien attestée en Egypte sous Ramsès II. Aucune révolte n’est signalée nulle part. Aucune source égyptienne ne décrit non plus l’Exode, ce qui n’est pas étonnant, les Egyptiens n’avaient aucune raison d’y attacher la même importance que les Hébreux.

Le seul document sur lequel on se fonde pour parler d’un royaume d’Israël naissant est une stèle datant de l’an 5 de Meneptah sur laquelle apparaît le nom d’Israël. On possède deux points de repère : le séjour du peuple Elu dans le désert qui a duré quarante ans, soit au moins une génération, et la prise de Jéricho qui intervient après la mort de Moïse. Ce dernier événement donne 1250 comme terminus ante quem.

L’Histoire pourrait alors être reconstituée à peu près ainsi : Moïse a probablement reçu l’enseignement d’Etat destiné aux futurs fonctionnaires sous Horemheb. Il est de retour parmi les siens sous Séthi Ier. Le meurtre du surveillant, la fuite au pays de Madian, le mariage de Moïse et les épisodes de la Révélation et du Buisson Ardent jusqu’au retour en Egypte nous conduisent aux premières années de Ramsès II. Le refus du roi de laisser les Hébreux partir en retraite dans le désert est alors compréhensible, la zone étant, surtout entre l’an 2 et l’an 8 de son règne, particulièrement peu sûre.

Dans le Sud, rien ne vient troubler la paix sauf une révolte d’Irem en l’an 20 durement réprimée. La domination égyptienne s’étend sur toute la Nubie, dont les mines alimentent le Trésor. Ramsès II assoit son pouvoir en développant les installations existantes et en faisant construire plus de sept temples entre la Première et la Deuxième cataracte.

Ce culte a un parallèle en Egypte dans celui des statues du roi qui étaient disposées en avant des temples et étaient l’objet d’une adoration selon un rituel propre, avec des installations particulières. Il ne s’agissait pas réellement d’une divinisation du roi mais de son adoration comme hypostase divine : le culte ne s’adressait pas à un individu mais à la manifestation de la divinité qu’il représentait.

Il construit aussi à Amara-ouest et termine la construction de la ville fondée par Séthi Ier, " la Maison de Ramsès-Miamon " qui sera à la XXe dynastie le siège du gouvernorat de Kouch.

L’extension de "l’Empire" égyptien de la Cinquième Cataracte à la Syrie du Nord a certainement été l’une des raisons profondes de l’abandon de Thèbes comme capitale, trop excentrée par rapport aux nécessités de la politique extérieure au profit d’un site du Delta oriental, plus proche des voisins asiatiques.

Pi-Ramsès a été localisée sur le site de l’ancienne Avaris. Séthi Ier y construit un palais mais c’est Ramsès II qui décide d’en faire sa capitale et entreprend la construction de la ville proprement dite. La ville restera la capitale jusqu’à la fin de l’époque ramesside puis sera abandonnée au profit de Tanis à la XXIIe dynastie sans doute à cause d’un déplacement de la branche pélusiaque du Nil et servira de carrière de pierres pour la construction de la nouvelle capitale.

Ramsès II fait disparaître les dernières traces de l’épisode amarnien en laissant démolir Akhetaton pour construire et agrandir la ville d’Hermopolis.

Il se fait également construire, sur la rive ouest de Thèbes un temple funéraire, la " Demeure des Millions d’Années unie à Thèbes " appelé Ramesseum.

Le Ramesseum donne une idée du plan traditionnel du temple égyptien qui n’est pas un lieu de recueillement pour les fidèles mais seulement la demeure du dieu. La disposition générale des bâtiments suit un axe qui va de l’entrée au sanctuaire. Ce cheminement permet une approche graduelle du divin : il ménage des étapes correspondant aux niveaux successifs de pureté nécessaires pour approcher le dieu et est matérialisé par un passage progressif de la lumière à l’ombre qui devient ténèbres dans le saint des saints où repose le dieu. Dans le même temps, le sol s’élève lentement pour atteindre son point culminant sous le naos.

La cour donne accès à une salle hypostyle, la per-douat, dont les plafonds sont reliés par des fenêtres à claustra qui diffusent une lumière atténuée. C’est là que le seul officiant admis auprès du dieu, le roi, remplacé dans la pratique par un grand prêtre, se purifie.

Il accède ensuite à l’adyton, " le lieu inaccessible ", c’est-à-dire au naos qui peut être précédé ou non d’une salle d’offrandes.

Cet ensemble est complété, en avant du temple, par un quai débarcadère destiné à accueillir la barque divine lors des processions.

Cette organisation n’est pas limitative et peut connaître des extensions. Ainsi, celles du temple de Louxor ont doublé son plan originel et Karnak est devenu une véritable ville.

Ramsès II meurt après l’un des plus longs règnes qu’ait connu l’Egypte, laissant un pays au sommet de sa puissance et de son rayonnement culturel mais aussi une famille en proie aux difficultés successorales. Il a en effet enterré bon nombre de ses fils : Sathorképechef, Ramesses puis Khâmeouaset, le prince archéologue restaurateur des monuments memphites. C’est Mineptah qui montera sur le trône à la mort de son père. La momie de Ramsès II, enterré dans la Vallée des Rois, finira dans la Cachette de Deir et-Bahari.

La montée sur le trône de Meneptah ne semble pas avoir posé de problèmes puisqu’il avait été désigné de son vivant par son père. Il règne un peu moins de dix ans et a un fils, Séthi Mérenptah, le futur Séthi II.

Mineptah conserve Pi-Ramsès comme capitale mais accroît le rôle de Memphis. On trouve trace de son activité au port d’Héliopolis, à Heromoplis, à Es-Sirirya où il consacre un spéos à Hathor et construit un autre sanctuaire que Montouhotep II avait consacré à Hathor de Dendera. Il se construit également un temple funéraire avec les matériaux provenant de celui d’Amenhotep III à Thèbes avant d’être enterré dans la Vallée des Rois.

Le grand événement de son règne a trait à la politique extérieure. En Asie, il bénéficie encore des effets du traité égypto-hittite de l’an 21 du règne de Ramsès II. Il est contraint de monter une expédition contre Askalon, Gezer et Israël. Il doit aussi mater une rébellion dans le pays de Kouch.

La Libye commence à jouer un rôle grandissant en Méditerranée. Des populations venues de Méditerranée, poussées vers le Sud par les vagues indo-européennes et désignées sous le nom générique de " Peuples de la Mer " tentent un raid contre l’Egypte à la fin de l’an 5 de Mineptah. La seconde vague viendra vingt ans plus tard, sous le règne de Ramsès III.

Les quinze dernières années de la dynastie sont très confuses. A la mort de Mineptah éclate une crise de succession. Amenmès, qui serait le fils d’une fille de Ramsès II inconnue par ailleurs, Takhâyt, prend le pouvoir. Ce roi aurait régné cinq ans mais, comme il a été considéré par la suite comme un usurpateur, il est difficile de suivre sa trace sur les monuments.

Amenmès est remplacé par Séthi II, héritier légitime de Mineptah, qui règne six ans et semble maintenir le pays dans un calme relatif. Il épouse trois reines. La première, Takhat II, ne semble pas lui avoir donné d’héritier. La deuxième, Taousert, lui donne un fils qui meurt avant son père. C’est le fils de la troisième reine, le prince Siptah, qui monte sur le trône. Trop jeune pour exercer le pouvoir, sa belle-mère Taousert prend la régence du pays avec l’aide du chancelier Bay, laissant dans la mémoire collective un mauvais souvenir. A la mort de Siptah, Taousert règne peut-être encore deux années.

Le roi suivant, Sethnakht, déclare avoir chassé l’usurpateur et est présenté comme le réorganisateur du pays. Le changement de dynastie n’a pas dû se faire de manière brutale puisque Sethnakht maintient en place le vizir et le vice-roi de Kouch. Le fils qu’il a de la reine Tiymérenaset et qui va lui succéder sera le dernier grand roi du Nouvel Empire.

Ramsès III prend pour modèle Ramsès II et l’Egypte retrouve pour la dernière fois sous son autorité une puissance certaine au Proche-Orient.

Les Libyens, repoussés par Mineptah, reviennent à la charge dans le Delta occidental. Ramsès III les vainc et intègre une partie de leurs troupes à l’armée égyptienne. Une nouvelle vague déferle six ans plus tard, en l’an 11 de son règne. C’est une nouvelle victoire égyptienne et les Libyens sont emmenés en captivité avec femmes et enfants. Ainsi, peu à peu, des communautés libyennes se constitueront dans le pays. Regroupées en chefferies égyptiannisées, elles prendront en main le pouvoir quand l’Etat sombrera à nouveau dans l’anarchie.

En l’an 8, entre les deux guerres libyennes, Ramsès III doit affronter une nouvelle invasion des Peuples de la Mer auxquels se sont joints les Philistins. Ramsès III les rencontre dans une bataille navale qu’il relate sur les murs de son temple de Médinet-Habou.

Outre son temple funéraire, Ramsès III fait des travaux à Louxor et surtout à Karnak. Il aurait également construit à Pi-Ramsès, Héliopolis, Memphis, Athribis, Hermopolis, Assiout, This, Abydos, Ombos, Coptos, Elbak, en Nubie, en Syrie…

Après l’an 12 de son règne, des difficultés politiques et économiques surgissent. Le roi limoge son vizir et doit veiller à la régularité du service des rations versées aux temples. Dans la communauté de Deir el-Médineh, les salaires ont deux mois de retard, provoquant la première grève connue.

Ces difficultés, dues à des causes économiques, trahissent également un affaiblissement du pouvoir de l’Etat face aux clergés et aux domaines des temples. De plus, les querelles dynastiques se poursuivent. Le règne se termine par une conspiration fomentée dans le harem par une seconde épouse, Tiy, pour mettre sur le trône son fils, Pentaouret. Les minutes du procès intenté aux conspirateurs sous le règne de Ramsès IV sont parvenues jusqu’à nous.

Ramsès III s’éteint après trente-deux années de règne. Sa momie retrouvée dans la Cachette de Deir el-Bahari est celle d’un homme de soixante-cinq ans environ qui semble mort de mort naturelle.

Huit rois lui ont succédé en un peu moins d’un siècle. Tous portent le nom de Ramsès. Ramsès IV succède à son père et règne durant neuf ans.

La communauté d’artisans de Deir el-Médineh, bien qu’il s’agisse d’une société repliée sur elle-même et limitée, puisqu’elle comprend au plus cent vingt travailleurs et leur famille, soit une collectivité de plus de mille deux cents personnes, est une source documentaire de première importance pour l’époque ramesside, tant pour notre connaissance de l’urbanisme, des coutumes sociales et funéraires, de la littérature que de la vie du pays en général.

Le village est fondé par Thoutmosis Ier quand la Vallée des Rois entre en service. Il comprend une soixantaine de maisons entourées d’une muraille auxquelles il faut ajouter cinquante autres, construites en dehors de l’enceinte. Il accueille des ouvriers payés pour creuser, aménager et décorer les tombes royales.

Il est coupé en deux par un axe nord-sud qui détermine deux quartiers qui travaillent en alternance. A l’extrémité de la rue, une porte gardée est fermée la nuit. Les murs des maisons étaient peints en blanc et les portes en rouge, où était marqué le nom de l’occupant. Les maisons sont construites sans fondations, en pierres brutes jusqu’à 1,50 m du sol puis en briques crues. Les terrasses sont en torchis sur une armature de bois.

De la rue, on accède à une première pièce, sorte d’accueil et de purification familiale, où se trouve un autel où le culte domestique aux dieux et aux ancêtres est rendu. De là, on accède à une pièce principale. Un escalier conduit à une pièce souterraine utilisée comme resserre pour les objets précieux de la famille. Derrière se trouvent les pièces intimes et, au fond, la cuisine, un cellier et une terrasse.

Les lieux de cultes étaient regroupés au nord du site. Quant aux tombes, dans les premiers temps, elles étaient construites sans plan d’ensemble. A partir de la XIXe dynastie, elles sont réparties en quartiers sur le coteau nord-sud. Elles adoptent une forme architecturale composite combinant la pyramide héliopolitaine et l’hypogée. Un caveau pouvait accueillir plusieurs dizaines de sépultures : celui de Sénedjem contenait vingt cercueils.

Cette petite société réunissait tous les corps de métiers, du bâtiment aux arts appliqués et toutes les ethnies étaient représentées : Nubie, Syrie, Libye… même si les Egyptiens de souche étaient majoritaires.

La communauté, continuellement surveillée par les forces de l’ordre, était placée sous l’autorité du vizir de Thèbes-ouest. L’approvisionnement du village était assuré par l’administration à partir des magasins des temples voisins.

Les familles vivent repliées sur elles-mêmes. La polygamie, ajoutée à la consanguinité des unions, crée au fil des générations de véritables dynasties dans chaque profession ou corps de métier et fonde une hiérarchie sociale.

La vie de la communauté est très mouvementée : nous avons gardé des témoignages de vols, adultères, vengeances, crimes, pillages… Elle est ponctuée de fêtes religieuses dont la Fête de la Vallée tient la première place, des congés à l’occasion de l’enterrement des rois, de réunions de confréries et de l’enterrement des habitants du village.

Ramsès V Amonherkhépechef succède à son père en l’an 1148 et meurt au bout de quatre ans de règne. Outre sa tombe dans la Vallée des Rois, il construit un temple funéraire à Héliopolis et Bouhen. De son règne datent le Papyrus Wilbour, un grand texte fiscal conservé au Musée de Brooklyn, une série d’hymnes royaux ainsi que le Papyrus 1887 de Turin relatant un scandale financier dans lequel sont impliqués des prêtres d’Eléphantine qui en dit long sur la corruption qui régnait dans l’administration.

Les choses ne s’arrangent pas sous Ramsès VI Amonherkhépechef II qui est, lui, un fils de Ramsès III, contrairement à son prédécesseur. Les deux lignées, celle des descendants directs et celle des frères et neveux de Ramsès III se disputeront le pouvoir jusqu’à la fin de la dynastie. Si le pays n’est pas en état de guerre civile, il est quand même le théâtre de nombreux actes de banditisme révélateurs de la faiblesse du gouvernement.

Les signes de décadence se multiplient : l’autorité égyptienne en dehors de la Vallée est de plus en plus limitée et le pouvoir des grands prêtres d’Amon s’accroît.

Ramsès VII succède à son père en 1136. Sous son règne, la misère augmente. Les sources de Deir el-Médineh permettent de suivre la montée des prix et le roi, au cours de son règne de sept ans, ne laissera que peu de traces sur les monuments.

Ramsès VIII Soutekhherkhépechef qui lui succède en 1128 ne règne lui qu’un an. C’est l’un des fils survivants de Ramsès III.

Ramsès IX règne, lui, dix-huit ans et déploie une plus grande activité : on trouve sa titulature à Amara-ouest et son nom à Gezer en Palestine, dans l’oasis de Dakla et à Antinæ . Il fait construire essentiellement à Héliopolis.

A Karnak, le Grand Prêtre Ramsesnakht avait tissé, par une série d’alliance et de mariages familiaux, un réseau parmi les prêtres et les notables de Thèbes qui lui permit d’asseoir définitivement le pouvoir des Grands Prêtres d’Amon.

La fin du règne de Ramsès IX est entachée d’un scandale qui se reproduira par la suite : le pillage de la nécropole royale et de certaines nécropoles civiles. Le Journal de Deir el-Médineh permet de reconstituer à peu près les faits. Les autorités tenteront de sauver au moins les corps en procédant à des transferts successifs, au fur et à mesure des besoins. La momie de Ramsès II en donne un exemple que l’on peut suivre grâce au procès-verbal porté sur le couvercle du dernier cercueil qui l’a reçut : le Grand Prêtre Hérihor l’installe dans la tombe de Séthi Ier. Plus tard, à la XXIe dynastie sous Siamon, le grand prêtre Pinedjem la fait transporter dans la cachette de Deir el-Bahari avec celle de Séthi Ier. Cette cachette est aménagée par Pinedjem II dans la tombe de l’épouse d’Ahmosis, Inhâpy, qu’il fait agrandir pour la circonstance. Il y fait déposer quarante cercueils de rois et grands prêtres, de la XVIIe à la XXIe dynastie.

Ces pillages portent témoignages de l’insécurité qui règne en Haute Egypte dès Ramsès IX et qui va s’accroître sous les deux derniers pharaons de la dynastie.

On n’est pas sûr de la durée du règne de Ramsès X Amonherkhépechef III auquel on attribue trois ou neuf ans. Il est le dernier roi dont la souveraineté sur la Nubie, dernier territoire extérieur à l’Egypte à lui être soumis, est attestée.

Ramsès XI lui succède pour un règne de vingt-sept ans dont seules les dix-neuf premières années sont plus ou moins effectives. Les troubles augmentent en Thébaïde où les prêtres s’arrogent des prérogatives qui font d’eux presque les égaux du roi. Ainsi, un peu avant l’an 19, le Grand Prêtre de Karnak Hérihor devient tout-puissant en Haute Egypte. C’est le début de " l’ère de Renaissance " qui consacre une sorte d’équilibre entre trois hommes. Le premier est le roi qui reste en principe maître du jeu mais qui n’a dans les faits plus aucun pouvoir. Le deuxième personnage est un administrateur nommé Smendès qui gère, en principe sous les ordres du clergé d’Amon, le nord du royaume depuis la résidence royale de Pi-ramsès. Celle-ci vit ses dernières années avant d’être démantelée pour construire Tanis. Le troisième membre de ce triumvirat est Hérihor qui cumule les charges temporelles et spirituelles et a le commandement des armées, de la Haute Egypte et de la Nubie.

Cette association ne survivra pas à Ramsès XI et le pouvoir va se trouver partagé entre la Haute et la Basse Egypte. Dans le Nord, Smendès fonde une nouvelle dynastie qui s’installe dans une nouvelle capitale, Tanis et se réclame de la famille royale. Dans le Sud, le pouvoir est aux mains des Grands Prêtres d’Amon.

 

Chapitre XII : Le domaine d’Amon

Le site a abrité le temple de Montou, le dieu local, probablement dès l’Ancien Empire et est attesté sous Antef Ier sous le nom de " la demeure d’Amon ".

L’aire historique couverte par l’ensemble des temples de Karnak va de la XIe dynastie à la fin de l’époque romaine.

Le site comprend trois ensembles : le temple d’Amon-Rê Montou (Karnak-nord), celui d’Amon-Rê et celui de Mout (Karnak-sud) qui reçoit un culte en tant que mère de Chonsou. Il faut y ajouter Louxor qui est son " harem méridional ".

A l’origine, le temple était compris dans un espace situé entre la future salle des fêtes de Thoutmosis III et le sanctuaire de la barque sacrée, la " cour du Moyen Empire ". Il devait comporter, outre le sanctuaire proprement dit, deux salles en enfilade, qui constituaient les éléments minimum du temple.

Le temple s’est agrandi vers l’ouest et concurremment vers l’est par la création et le développement d’un " contre-temple " solaire orienté vers le soleil levant. Dans le même temps, l’allée processionnelle nord-sud qui relie les enceintes de Montou, d’Amon-Rê et de Mout s’est étendu également.

La disposition d’origine ne semble guère évoluer jusqu’au règne de Thoutmosis Ier qui commence à le transformer avec l’aide de son architecte Inéni.

Thoutmosis Ier a enclos le sanctuaire dans une cour fermée par un pylône (V) contenant une salle hypostyle et des colosses royaux. Le tout était fermé par une seconde enceinte dans laquelle s’ouvrait un second pylône (IV). Devant la face occidentale, il dispose deux obélisques dont un subsiste encore aujourd’hui. L’ensemble constitue l’Ipet-Sout, " Celle qui recense les places " proprement dit.

La principale étape suivante correspond au règne d’Hatchepsout et de Thoutmosis III, le second défaisant ou modifiant ce qu’avait fait la première.

Hatchepsout installe contre la façade occidentale du sanctuaire des chambres d’offrandes qu’elle fait précéder d’un reposoir de barque, " la chapelle rouge ". Au milieu de la salle hypostyle de Thoutmosis Ier, elle fait ériger deux obélisques de granit rose d’Assouan dont seul subsiste celui du nord, en avant du Ve pylône.

Elle accole à l’enceinte orientale de Thoutmosis Ier un sanctuaire consacré au soleil levant, pourvu de deux obélisques qui sera remplacé par la salle des fêtes de Thoutmosis III. Elle entreprend probablement la construction du temple de Mout et remplace, dans l’allée processionnelle, le VIIIe pylône de briques par une construction en pierre.

Thoutmosis III construit un nouveau pylône (VI) où il fait figurer la bataille de Meggido. Il triple la colonnade de Thoutmosis Ier et remplace le plafond en bois par un plafond de pierre. Il sépare en trois la salle à l’est du VIe pylône pour en faire une salle centrale et deux salles latérales. Il remplace le sanctuaire au soleil levant d’Hatchepsout par un temple de régénération appelé Akh-menou où il recevra, lors de la fête-sed, la puissance divine. Il enferme ces constructions dans deux enceintes. A l’est de cette dernière enceinte, il érige un contre-temple à l’occasion de son jubilé.

Amenhotep II travaille également à Karnak mais des modifications importantes ne sont apportées que par Thoutmosis IV et surtout Amenhotep III. Elles ne bouleverseront plus l’aspect d’Iset-Sout. L’essentiel porte désormais sur les parties avant du temple, c’est-à-dire vers l’ouest, la voie processionnelle ou des constructions extérieures au sanctuaire proprement dit.

Thoutmosis IV élève un obélisque dans le contre-temple oriental de Thoutmosis III, le tekhen wâty, " l’obélisque unique ". Faisant plus de 33 mètres, c’est le plus haut obélisque connu qui sera transporté à Rome pour décorer le cirque Maxime. A l’ouest du IVe pylône, Thoutmosis IV implante un monument à piliers dont une partie sera réutilisée par Amenhotep III pour la construction du IIIe pylône.

Amenhotep III édifie en brique le Xe pylône qui sera remplacé par un de pierre sous Horemheb.

Pendant la révolution amarnienne, les seuls travaux concernent le temple d’Aton qu’Amenhotep IV fait édifier à l’est. L’activité reprend timidement sous Toutankhamon qui consacre, outre les deux statues d’Amon et Amaunet de la cour du VIe pylône, peut-être quelques-uns des criosphinx, sphinx à tête de bélier, le long de la voie d’accès.

Horemheb construit trois des dix pylônes du temple : le IXe, le Xe qu’il rebâtit en pierre et le II qui sera achevé sous Ramsès Ier. Il décore de criosphinx l’allée reliant le Xe pylône au temple de Mout. Ses constructions lui permettent de faire disparaître la plus grande partie des monuments d’Amenhotep IV qui sont réutilisés pour bourrer les IIe et IXe pylônes.

Séthi Ier dote le temple de la spectaculaire salle hypostyle nommée " le temple de Séthi-Mérenptah est lumineux dans la Demeure d’Amon " dont Ramsès II achève la décoration.

Deux fois plus large que profonde, elle consiste en deux travées de soixante-six colonnes monostyles réparties en sept rangées de part et d’autre de la colonnade centrale campaniforme formée de deux fois six colonnes édifiées par Amenhotep III . Les murs extérieurs visibles par le peuple sont décorés par les campagnes militaires de Séthi Ier au nord et de Ramsès II au sud.

Ramsès II aménage la voie d’accès en avant du IIe pylône par un dromos de criosphinx, le " chemin des béliers " conduisant au quai-débarcadère.

Séthi II flanque le débarcadère de deux obélisques et fait élever un reposoir de barque en avant du IIe pylône.

Ramsès III en construit un à son tour, de l’autre côté de l’axe : c’est un modèle réduit de temple avec son propre pylône précédé de colosses royaux, une cour à péristyle, une hypostyle et un sanctuaire. Les murs extérieurs sont décorés de scènes de procession des barques divines vers Louxor lors de la fête d’Opet.

Chéchonq Ier borde l’espace de la future cour du Ier pylône par deux portiques et la ferme par un portail qui sera remplacé par le Ier pylône ; il repousse alors les criosphinx de l’allée centrale sur les côtés nord et sud de cette nouvelle cour. Puis Taharqa, à la XXVe dynastie, construit un kiosque en avant du vestibule du IIe pylône.

Les murs d’enceinte ont été restaurés par Montouemhat sous le règne de Taharqa mais l’enceinte telle qu’elle se présente aujourd’hui date de la XXXe dynastie comme probablement le Ier pylône qui est resté inachevé. Elle couvre un périmètre de 480 m sur 550 m et est constituée de murs d’environ 12 m d’épaisseur pour 25 m de haut. Ils sont faits de lits de briques crues alternativement convexes et concaves de façon à reproduire l’ondoiement des flots de Noun qui limitent l’univers représenté par le temple, lieu de la création.

L’évolution est loin de se limiter aux grandes lignes de celles de l’axe est-ouest. Il y a encore, au nord, le temple de Ptah construit par Thoutmosis III et restauré sous les Ptolémées. A l’est, les sanctuaires orientaux d’Amon-Rê Horakhty. On peut encore citer, entre autre, le temple de Chonsou, les chapelles d’Osiris…

 

QUATRIÈME PARTIE : LES DERNIERS TEMPS

Chapitre XIII  : La Troisième Période Intermédiaire

A la mort de Ramsès XI, Smendès se proclame roi et légitimise probablement son pouvoir en épousant une fille de Ramsès XI. Son autorité est reconnue à Thèbes. Il transfère la capitale de Pi-Ramsès à Tanis où il se fera enterrer après vingt-cinq ans de règne.

A Karnak, à la fin du règne de Ramsès XI, Piânkh avait remplacé Hérihor. Son fils Pinedjem lui succède comme Grand Prêtre et commandant en chef des armées de Haute Egypte en 1070. Ce dernier adopte la titulature royale, s’arroge les compétences du pharaon tout en reconnaissant le primat de celui-ci et, devenu roi, délègue la fonction de Grand Prêtre à son fils Masaharta puis à un autre fils, Menkhéperrê. Pinedjem épouse Hénouttaouy, qui est de sang royal, dont il aura quatre enfants : Psousennès Ier, le pharaon, Masaharta et Menkhéperrê, les Grands Prêtres successifs, et une fille Maâtkarê qui prendra la fonction de Divine Adoratrice, épouse exclusive du dieu.

Auparavant, il existait une stricte correspondance entre famille divine et famille royale. Dorénavant, le Grand Prêtre revendique pour lui-même le pouvoir temporel d’Amon, distinct de celui de pharaon accordé par Amon. La politique des Grands Prêtres d’Amon va donc consister à soutenir le pouvoir du Pharaon, mais en le soumettant à la volonté d’Amon. Ainsi, le pays est partagé de fait en deux, entre le Grand Prêtre et le Pharaon, le premier exprimant la volonté d’Amon qui mandate le second.

Lorsque Smendès meurt, le pouvoir est réparti entre deux corégents : Néferkarê Amenemnesout, " Amon est le roi ", probablement fils de Hérihor et Psousennès Ier qui lui survit et règne jusqu’en 993. Amenemnesout est contemporain des premiers temps du pontificat de Menkheperrê qui prend des mesures d’apaisement envers les grandes familles thébaines du clergé qui, choquées de se voir dépouillées de leurs prérogatives par la lignée de Hérihor, avaient enflammé Thèbes d’une guerre civile.

En 1040-1039, Psousennès réalise en sa personne la synthèse religieuse et politique du pays. Il affirme nettement son appartenance thébaine et consolide ses liens avec le clergé d’Amon en mariant sa fille Asetemkheb au grand Prêtre Menkhéperrê. Lui-même, comme ses successeurs, exerce le pontificat d’Amon à Tanis.

La passation de pouvoir a lieu à peu près en même temps à Thèbes et à Tanis. A Thèbes, Smendès II succède à son père Menkhéperrê avant la mort de Psousennès Ier. Il est probablement âgé lorsqu’il prend la charge de Grand Prêtre : au bout de deux ans, il cède la place à son jeune frère Pinedjem II.

A Tanis, Aménémopé succède à Psousennès Ier qui est peut-être son père. Son successeur, Aakhéperrê Sétépenrê, probablement le premier Osorkon (Osochor), appelé Osorkon l’Ancien, est peu connu.

Le roi suivant, Siamon est l’une des figures illustres de la XXIe dynastie même si c’est sous son règne que se produit le dernier grand pillage de la nécropole thébaine qui conduisit le Grand Prêtre d’Amon à ensevelir les momies royales dans la tombe d’Inhâpy.

Siamon construit à Tanis, à Héliopolis et à Memphis. Il favorise également le clergé memphite de Ptah mais son activité se limite à la Basse Egypte.

Sous son règne, l’Egypte retrouve une politique extérieure plus dynamique. Les Philistins menaçant le trafic avec la Phénicie, l’Egypte doit intervenir en prenant et ravageant Gezer. Elle établit une nouvelle alliance avec le royaume de Jérusalem, alliance consacrée par un mariage. Mais l’union se fait dans un sens nouveau pour les Egyptiens : c’est Salomon qui épouse une Egyptienne, ouvrant une tradition de mariages non royaux pour les princesses de la vallée.

Psousennès II, probablement allié par mariage à la famille royale, est le dernier représentant de la XXIe dynastie qui s’éteint peut-être dans un relatif dénuement à Tanis. Le pouvoir échoit à sa mort à la lignée des grands chefs des Mâchaouach, dont le règne de Chéchonq l’Ancien avait annoncé la montée. La domination libyenne commence.

Lorsque Chéchonq Ier (945-924) monte sur le trône, il est déjà l’homme fort du pays : général en chef des armées et conseiller du roi, il est aussi son gendre puisqu’il a épousé sa fille, Maâtkarê. Avec lui commence l’ère des chefs libyens originaires de Bubastis qui va redonner au pays une nouvelle puissance avant de s’éteindre dans de nouvelles luttes intestines à partir de Chéchonq III.

Il fait de son fils Ioupout le Grand Prêtre d’Amon en même temps que le général en chef des armées et le gouverneur de Haute Egypte. Il se ménage un contre-pouvoir en Moyenne Egypte en donnant à un autre de ses fils, Nimlot, le commandement d'Hérakléopolis.

Chéchonq Ier tente de reprendre une politique d’expansion et, en 925, mène en Palestine une campagne victorieuse au cours de laquelle il pille Jérusalem.

Il entreprend un programme de construction ambitieux dans le temple d’Amon-Rê de Karnak où il fait représenter le triomphe de l’Egypte sur les deux royaumes juifs de Juda et d’Israël.

Dans les premières années de son règne, Osorkon Ier (924 – 889) poursuit la politique de son père envers les domaines divins, fournissant abondamment les grands clergés du royaume à Memphis, Héliopolis, Hermopolis, Karnak et Bubastis. Il poursuit les travaux commencés par Chéchonq Ier autour d’Hérakléopolis.

A Karnak, il remplace dans la charge de Grand Prêtre d’Amon son frère Ioupout par un de ses propres fils, le futur Chéchonq II (890 –889) qu’il prendra comme corégent vers 890. Ce dernier meurt avant son père qui ne lui survécut que quelques mois, laissant le trône à un fils qu’Osorkon Ier avait eu d’une épouse secondaire, Takélot Ier.

Takélot Ier règne de 889 à 874 sans que l’on puisse lui attribuer avec certitude le moindre monument. Son autorité ne semble pas respectée par son frère Iouwelot, qui remplit la charge de Grand Prêtre à Thèbes. Il semble que seule la présence de la garnison militaire installée par Osorkon Ier à proximité de Hérakléopolis empêche Iouwelot d’étendre son autorité plus loin vers le nord.

Petit à petit, l’équilibre relatif instauré par les premiers rois tanites et repris par les bubastides se dégrade comme le montre le règne parallèle des deux petits-fils d’Osorkon Ier, les cousins Osorkon II, fils de Takélot Ier, et Harsiesis, fils de Chéchonq II.

Osorkon II (874 – 850) accepte qu’Harsiesis succède à son père Chéchonq II dans la charge de Grand Prêtre d’Amon, créant un précédent dangereux de transmission héréditaire. Harsiesis (870 –860) se proclame roi dès la quatrième année du règne de son cousin.

A la mort d’Harsiesis, Osorkon II installe à sa place à Karnak l’un de ses fils, Nimlot. Il impose un autre de ses fils, Chéchonq, comme Grand Prêtre à Memphis et Hornakht à Tanis comme Grand Prêtre d’Amon.

Sous le règne d’Osorkon II, la XXIIe dynastie brille de son dernier éclat. Le roi embellit le temple de Bastet dans sa ville de Bubastis. Il est également présent à Léontopolis, Memphis et Tanis.

A l’extérieur, il poursuit la politique d’alliance avec Byblos mais doit tenir compte du pouvoir montant de l’Assyrie où Assurnasirpal II, roi conquérant, puis son fils Salmanazar III ne cessent d’étendre l’empire, du nord de la Mésopotamie au Moyen Euphrate jusqu’à la Syrie, l’Oronte et la côte d’Amourrou. Lorsque l’Assyrie tente de conquérir la Syrie du Nord, les royaumes d’Hamath, Damas et Israël s’allient en 853 pour faire front contre l’envahisseur. Byblos et l’Egypte envoient chacun un contingent. La bataille a lieu à Qarqar sur l’Oronte et stoppe l’avance de Salmanazar III. Une nouvelle phase de la politique extérieure égyptienne commence : celle d’un appui aux royaumes de Syro-Palestine, l’ultime rempart protégeant la Vallée des appétits grandissants de l’Assyrie.

La succession d’Osorkon II (874 – 850) n’est pas facile : le prince héritier Chéchonq meurt avant son père et c’est son frère cadet, Takélot II, qui monte sur le trône de Tanis. Son règne n’a laissé que des traces minimes à travers le pays.

Il n’en va pas de même des pontifes d’Amon. Le demi-frère de Takélot II, Nimlot, avait réuni sous son autorité Hérakléopolis et Thèbes et marié sa fille à Takélot II.

Une paix relative se maintient entre Thèbes et Tanis jusqu’à la mort de Nimlot. Ce dernier avait choisit comme successeur le prince héritier Osorkon que les Thébains n’acceptèrent pas. Les hostilités éclatent et la révolte est matée par la force. Une guerre civile éclate ensuite en l’an 15 et dure une dizaine d’années. Moins de deux ans après une première trêve, les Thébains reprennent la lutte et Osorkon perd pied en Haute Egypte. Le temps pour lui de regagner Tanis, Takélot II est mort et la place est occupée par le jeune frère du roi : Chéchonq III (825 – 773). Cette prise de pouvoir qui fausse le jeu de la succession déclenche une nouvelle querelle dynastique.

Dans les premières années de son règne, Chéchonq III semble accepté par les Thébains autant parce qu’il a spolié Osorkon du trône qui lui revenait et qui aurait dangereusement augmenté son autorité que parce qu’il laisse manifestement le clergé de Karnak décider lui-même du choix du Grand Prêtre d’Amon : Harsiesis réapparaît comme pontife en l’an 6 de Chéchonq III.

La scission vient de la famille royale elle-même. En l’an 8, le prince Pétoubastis Ier (818 – 793) se proclame roi et fonde une nouvelle dynastie à Léonpolis, la XXIIIe de Manéthon. Les deux pharaons vont régner concurremment : la coupure n’est plus entre le Nord et le Sud mais dans le Delta même. La situation dans le Delta devient assez confuse.

A Léontopolis, Chéchonq IV a succédé à Pétoubastis Ier en 793 mais son règne est éphémère. Osorkon III lui succède en 787. Son autorité est reconnue par la chefferie de Mâ de Mendès. Il apparaît également à Memphis et est plus présent en Moyenne Egypte que Chéchonq III. Il associe au trône son fils, le Grand Prêtre Takélot qui lui succède six ans plus tard sous le nom de Takélot III (764 – 757).

A Tanis, à la mort de Chéchonq III, Pimay (773 – 767), après un règne éphémère laisse le trône en 767 à Chéchonq V (767 – 730). Son autorité ne dépasse guère Tell el-Yahaudiyeh. Son fils Osorkon IV, dernier représentant de la XXIIe dynastie ne gouvernera plus que Tanis et Bubastis.

Vers 767 se constitue à Saïs une chefferie Mâ, dirigée par un Osorkon, qui étend son pouvoir vers l’ouest au détriment des chefs libyens, vers le nord en absorbant Bouto et vers le sud en direction de Memphis. Vers 730, Saïs est gouvernée par Tefnakht qui s’est proclamé " Grand Chef des Libou et Grand Prince de l’Ouest " et dont l’autorité couvre tout l’ouest et la moitié du Delta central.

En Moyenne Egypte, Roudamon (757 – 754) succède à son frère Takélot III en 757 pour un règne tout aussi bref et donne sa fille en mariage à un nommé Peftjaouaouibastet.

Son fils Ioupout II n’a plus de pouvoir qu’à Léontopolis et à Thèbes. Par ailleurs, Peftjaouaouibastet adopte également à Hérakléopolis la titulature royale, tout comme son collègue d’Hermopolis, Nimlot.

Au bout du compte, le pays se retrouve partagé entre cinq personnes prétendant au rang de roi, tandis que, dans les provinces du Nord, une bonne dizaine de grands chefs reconnaissent, au mieux, la suzeraineté sacrale d’un de ces pharaonicules.

La conquête de l’éthiopien Piânkhy va mettre fin à l’une des périodes les plus confuses de l’histoire égyptienne.

 

Chapitre XIV : Éthiopiens et Saïtes

A la fin de la période ramesside, la Nubie se sépare de l’Egypte en un royaume indépendant né à proximité de la Quatrième Cataracte. Profondément égyptianisée par les pharaons du Nouvel Empire, elle connaît une évolution propre. Le temple d’Amon de Gebel Barkal devient un foyer religieux intense autour duquel se constitue une lignée locale dont les chefs se font enterrer dans la nécropole voisine d’El-Kourrou. Ils finissent par se constituer en dynastie et adoptent tous les aspects du pouvoir pharaonique.

Le premier souverain dont on connaisse le nom est Alara qui serait le septième de la dynastie. Son frère Kachta, " le Kouchite ", monte sur le trône en 760 et achève probablement la conquête de la Basse Nubie. Kachta a plusieurs enfants. Deux régneront : Chabaka et, avant lui, Piânkhy (747 – 716), qui prend le pouvoir en 747 et continue l’expansion vers le Nord pendant les dix premières années de son règne. Il place Thèbes sous sa protection. Un autre fils de Kachta, Aménardis Ier inaugure la mainmise des Ethiopiens sur Karnak en succédant à Osorkon III.

Face à la montée du pouvoir éthiopien en Thébaïde, Tefnakht (727 – 720), roi de Saïs, rassemble les royaumes du Nord, gagne à sa cause Hérakléopolis et Hermopolis et entreprend de conquérir le Sud. Piânkhy intervient et défait les coalisés : Ioupout II de Léontopolis, Peftjaouaouibastet d’Hérakléopolis, Osorkon IV de Tanis et Nimlot d’Hermopolis. Seul Tefnakht s’est enfui dans les marches du Nord pour tenter de refaire ses forces.

Rentré à Napata, Piânkhy développe sa capitale et agrandit le temple consacré jadis à Amon de la " Montagne Pure ", le Gebel Barkal, par Thoutmosis III et qui devient une réplique de celui de Karnak. Il se fait ériger une pyramide dans la nécropole d’El-Kourrou. Il contrôle efficacement la Thébaïde et les pistes occidentales, au moins jusqu’à l’oasis de Dakhla.

Par contre, dans le Nord, Tefnakht a repris le pouvoir sur tout l’ouest du Delta jusqu’à Memphis. Il se proclame roi, vers 720/719, inaugurant la XXIVe dynastie manéthonienne, dont le siège est à Saïs. Son règne ne dépasse pas huit ans. Son fils Bakenrenef ( 720 – 715), le Bocchoris de Manéthon, lui succède et proclame son autorité sur tout le Nord.

Sous Tiglath-Phalazar III, l’Assyrie soumet la Phénicie en 742 et lui interdit tout commerce avec les Philistins et l’Egypte. Cette mainmise décide les roitelets du croissant fertile à composer avec le roi assyrien. Après plusieurs retournements d’alliance en Transjordanie, les Assyriens atteignent El-Arich vers 716 : ils ne sont plus séparés de la frontière orientale de l’Egypte que par Silé. C’est Osorkon IV qui mène une mission diplomatique en envoyant des présents au roi assyrien.

La même année, Piânkhy meurt après un long règne de trente et un an. Son frère Chabaka (716 – 702) monte sur le trône et décide d’assumer en personne le gouvernement de la Vallée. Dès sa deuxième année de règne, il est à Memphis. Il met fin au règne de Bakenrenef et prend le contrôle de tout le Nord. Il est possible qu’il ait conclu un accord de paix avec l’Assyrie.

Tout comme Piânkhy, il prône le retour aux valeurs traditionnelles. Il manifeste son souci des dieux à Athribis, Memphis, Abydos, Dendera, Esna, Edfou et Thèbes. A Karnak, il restaure la fonction de Grand Prêtre d’Amon, tombée en désuétude et y installe son fils Horemakhet. Chabaka meurt en 702 après quinze ans de règne et se fait enterrer à El-Kourrou. Le pouvoir revient alors aux enfants de Piânkhy, Chabataka, puis Taharqa.

Chabataka (702 – 690) poursuit les travaux de son oncle à Memphis, Louxor et Karnak.

En 704, les rois de Phénicie et de Palestine se soulèvent contre l’Assyrie. Chabataka leur vient en aide en envoyant un corps expéditionnaire commandé par son frère Taharqa. Alors que les Assyriens marchent sur les troupes égyptiennes, Taharqa préfère se retirer en Egypte. Le roi assyrien Sennacherib se retire à son tour, rappelé par les soucis de Babylonie, sans parvenir à entrer en Egypte.

A Saïs, la situation évolue. Ammeris, le " gouverneur " mis en place par les Ethiopiens meurt vers 695. Stephinates, que l’on a appelé Tefnakht II, lui succède de 695 à 688, maintenant la tradition de Bakenrenef et préfigurant la future dynastie saïte.

A la mort de Chabataka en 690, Taharqa (690 – 664) lui succède. Ses vingt-six années de gouvernement sont le moment le plus brillant de la période éthiopienne. Il entreprend des travaux dans le temple de Kawa qui devient le deuxième grand sanctuaire des rois napatéens. Il construit à Sanam Abou Dôm, Méroë, Semna, Qasr Ibrim, Bouhen… Il déploie la même activité à Thèbes : il travaille à Médinet Habou et surtout à Karnak dont il est le grand reconstructeur.

Les Assyriens attaquent l’Egypte vers 674, en l’an 17 de Taharqa, mais doivent battre en retraite. Trois ans plus tard, en 671, un nouvel engagement tourne à l’avantage de l’Assyrie. Assarhaddon défait Taharqa et prend Memphis. Taharqa se replie dans le Sud dont il garde apparemment le contrôle tandis que les Assyriens favorisent ses rivaux du Nord, au premier rang desquels se trouvent les Saïtes.

Après le départ des conquérants, l’Ethiopien fomente des troubles dans le Nord. Le successeur d’Assarhaddon, Assurbanipal, envoie un corps expéditionnaire qui vainc Taharqa devant Memphis et assoie son autorité jusqu’à Assouan. Il fait exécuter les principaux chefs à Saïs à l’exception de Nékao Ier (672 – 664) à qui il confie le royaume et installe son fils Psammétique, le futur Psammétique Ier, à la tête de l’ancien royaume d’Athribis. Les Saïtes prennent ainsi le pouvoir avec l’appui et la reconnaissance des envahisseurs.

L’année suivante, en 665, Taharqa meurt à Napata. Son cousin Tantamani (664 – 656) lui succède et reprend l’Egypte. Sa campagne est d’autant plus couronnée de succès que Nékao Ier a manifestement péri dans les combats. Assurbanipal réagit et envoie de nouveau ses armées. Tantamani doit se replier à Thèbes puis à Napata. Thèbes est mise à sac par les envahisseurs, ravagée et tous les trésors accumulés dans les temples sont pillés. Le sac de Thèbes met fin à la dynastie éthiopienne.

A la mort de Nékao Ier, Psammétique Ier (664 – 610) est reconnu comme roi unique d’Egypte par les Assyriens. Il soumet les souverains du Nord en l’an 8 de son règne et fait adopter sa fille Nitocris par les Divines Adoratrices d’Amon afin de mettre la main sur la Thébaïde.

L’Egypte s’ouvre au monde extérieur, notamment en Grèce et en Asie Mineure, tant en matière d’art que de technique mais sans renoncer aux valeurs nationales. Psammétique Ier radicalise la pensée religieuse en affichant une recherche constante de la pureté originelle.

Durant toute la période saïte et perse, le culte des animaux connaît un grand essor : le roi fait agrandir le Sérapeum de Memphis, le culte de l’Apis s’étant nettement développé. C’est la tradition memphite retrouvée qui donne le ton en matière de théologie au détriment de Thèbes.

Psammétique Ier déplace la capitale à Memphis tout en conservant Saïs comme résidence et nécropole. Il remet en place la politique et l’économie du pays en installant en Haute Egypte du personnel lié aux intérêts de Saïs.

Sous les Saïtes, l’Egypte connaît un éclat et une prospérité indiscutable et reste, dans les pays de la Méditerranée, un Etat avec lequel il faut compter.

Profitant de querelles intestines en Assyrie, Psammétique Ier chasse les garnisons assyriennes jusqu’à Asdod en Palestine.

En 610, Psammétique Ier meurt, laissant à son fils Nékao II (610 – 595) le soin de continuer son œuvre.

L’Egypte tient ses engagements vis à vis de l’Assyrie. Lorsque les Mèdes et les Babyloniens prennent Harran, les Egyptiens tentent, sans succès, de reprendre la ville. Par contre, Nékao II profite du vide que laissent les Assyriens en Syro-Palestine pour mettre la main sur la Palestine. Il place son fils Elyaqim sur le trône d’Israël et garde le contrôle de la Syrie. Toutefois, cette domination est fragile, ne reposant que sur des alliances passées sous la contrainte. Babylone réagit : Nabuchodonozor repousse les Egyptiens jusqu’à Hamath où il anéantit les troupes. Jusqu’à la fin du règne de Nékao II, le pouvoir de l’Egypte ne dépassera plus la limite de Gaza.

Nékao II tourne désormais ses ambitions vers d’autres buts : il poursuit la politique d’ouverture vers le monde grec, encourageant l’installation de colons et cherchant à créer une flotte égyptienne capable de rivaliser avec ses concurrents aussi bien en Méditerranée qu'en mer Rouge. Il entame de grands travaux afin d’aménager un canal reliant la Méditerranée à la mer Rouge.

Nékao II meurt en 595 et laisse un fils et trois filles. Son fils règne sous le nom de Néferibrê Psammétique II (595 – 589).

En 597, Nabuchodonozor II prend Jérusalem et pille le Temple. Psammétique II pousse alors Jérusalem à la rébellion. D’autre part, il engage les hostilités avec le pays de Kouch dont les raisons nous échappent.

A la mort de Psammétique II, son fils Khaâibrê Apriès (589 – 570) doit faire face à la situation provoquée par la révolte de Jérusalem contre Babylone. Nabuchodonozor II s’assure le contrôle de la Phénicie mais échoue devant Tyr qu’Apriès ravitaille par la mer, ce qui témoigne de la force de la flotte qu’avait créé Nékao II. L’Egypte ne peut toutefois porter secours à Jérusalem et doit battre en retraite.

Apprenant la défaite égyptienne face à Nabuchodonozor II, la garnison d’Eléphantine se révolte. Les troubles se poursuivent, dégénérant en guerre civile entre forces nationales et mercenaires grecs et cariens. Les Egyptiens proclament roi le général Amasis (570 – 526) qui s’était couvert de gloire dans l’expédition contre les Kouchites. Apriès affronte Amasis en 570 et est tué. Nabuchodonozor II profite de ces troubles pour tenter une invasion en Egypte mais Amasis parvient à l’arrêter.

Pour résoudre le problème grec et carien, Amasis concentre ces étrangers dans la ville de Naucratis et leur accorde des privilèges économiques et commerciaux importants. Il reconnaît à la cité le statut de comptoir autonome doté de ses propres lieux de culte. Cette économie "de comptoirs " contribue fortement à la prospérité du pays entier.

Il conclut un pacte d’alliance avec Crésus, le légendaire roi de Lydie, et Polycrate, le tyran de Samos. Il s’entend aussi avec Babylone.

Toutefois, la reconstitution par les Perses d’un empire encore plus puissant que celui qu’édifièrent jadis les Assyriens font d’eux les maîtres de l’Asie Mineure. Seuls les Grecs peuvent s’y opposer. L’Egypte doit se borner à subir les événements.

A la mort d’Amasis en 526, Psammétique III (526 – 525) monte sur le trône. A Suse, Cambyse II a succédé à Cyrus II. Il marche sur l’Egypte au printemps 525 et anéantit l’armée de Psammétique III à Péluse. L’Egypte devient une province de l’Empire achéménide.

 

Chapitre XV : Perses et Grecs

Les Perses n’appliquent pas à l’Egypte le régime de leur pays. Certes, la Vallée va devenir une satrapie, mais les rois de Suse vont régner sur l’Egypte en tant que pharaons, adoptant tous une titulature complète et continuant l’œuvre de leurs "prédécesseurs " égyptiens. Les travaux entrepris par Cambyse II (525 – 522) au Ouadi Hammamat ainsi que dans d’autres temples d’Egypte confirme cette politique de respect des sanctuaires et des cultes nationaux. Toutefois, Cambyse II tente en vain de s’emparer de la Nubie et de ses oasis.

Darius Ier (522 – 485) lui succède et monte sur le trône en 522. Il met en place le satrape Phérendatès. Le roi fait compléter le percement du canal de Nékao II entre la mer Rouge et la Méditerranée et met en valeur les écoles de pensée égyptiennes.

En 490, les Grecs défont les Perses à Marathon. Le Delta en profite pour se révolter en 486. Darius Ier meurt avant de pouvoir intervenir. C’est Xerxès (486-465) qui lui succède, mate la révolte et met son fils Achaiménès à la tête de la satrapie d’Egypte.

La défaite de Xerxès à Salamine et son assassinat encourage de nouveau les Egyptiens à la révolte : ils passent aux actes sous le règne de son successeur, Artaxerxès Ier (465-424) qui était monté sur le trône perse en 465. Inaros, dynaste libyen fils du dernier Psammétique, regroupe les forces nationalistes éparses dans le Delta et se déclare roi. Athènes lui envoie une escadre pour l’aider à affronter les Perses qui malgré tout l’emportent et remplacent Achaiménès par Arsamès à la tête de la satrapie. La Grèce et la Perse font la paix et pendant une génération, le calme revient dans le pays.

Mais le feu qui couvait éclate après les troubles qui marquent la succession d’Artaxérès à Suse. Son successeur Darius II (424-405) prend le pouvoir en 425 et redonne vie à la politique de conciliation de Darius Ier. Les Grecs, tout particulièrement Sparte, encouragent le principal foyer de rébellion qui se trouve à Saïs. Amyrtée (404-399) se fait couronner pharaon l’année de la mort de Darius II et fonde la XXVIIIe dynastie dont il sera l’unique représentant. En moins de quatre ans, son pouvoir est reconnu jusqu’à Assouan. La quasi-absence de réaction de Suse s’explique par la querelle de succession qui déchire les Perses à la mort de Darius II : une lutte fratricide entre Artaxerxès et Cyrus II.

Amyrtée ouvre la dernière période d’indépendance nationale. Elle va durer moins d’un siècle, de 404 à 343 et verra deux dynasties succéder à la XXVIIIe : la XXIXe qui ne dure que vingt ans et la XXXe qui en dure tout juste le double.

Néphéritès Ier (399-393) succède à Amyrtée en 399. A sa mort, vers 394-393, deux factions rivales se disputent le pouvoir. Le fils de Néphéritès règne quelques mois mais son autorité est contestée par Psammouthis (393) qui ne règne qu’un an, cédant la place à Achôris (393-380).

Sous le règne d’Achôris, les grands travaux reprennent dans les temples : à Louxor, Karnak, Médinet Habou, Elkab, Tôd, Médamoud, Eléphantine… Le commerce est florissant et l’Egypte est de nouveau présente au Proche Orient, mais pour se contenter de participer indirectement, aux côtés des cités grecques, à la lutte contre les Perses.

Lorsque les cités grecques renoncent à combattre les Perses, le satrape Pharnabaze peut enfin se tourner vers l'Egypte. C'est Achôris qui supporte le choc des armées perses dont les tentatives se soldent d'abord par un échec.

A la mort d’Achôris, sa succession n’est pas aisée. Son fils Néphéritès II (380) est rapidement détrôné par Nectanébo Ier (380-362). Athènes s’associe aux Perses pour marcher sur l’Egypte qui parvient à repousser les envahisseurs. L’Egypte échappe à une nouvelle invasion et s’assure une paix durable puisque les Perses ne reviendront que trente ans plus tard, en 343.

Nectanébo Ier fait faire de nouvelles constructions, des restaurations ou des embellissements dans presque tous les temples d’Egypte. L’armée égyptienne est renforcée.

Depuis 365, Nectanébo Ier a associé au trône son fils Tachos (362-360). Ce dernier commence les préparatifs de guerre dès 361 et prend de lourdes mesures fiscales, qui le rendront impopulaire, afin de payer les mercenaires grecs. Tachos prend le commandement de l’armée égyptienne qui se dirige par voie de terre et de mer le long de la côte vers la Phénicie. Il a laissé la régence du pays à son frère Tjahépimou qui, profitant du mécontentement général contre Tachos, fait proclamer roi son fils Nectanébo. Tachos est forcé de s’enfuir auprès du Grand Roi, en Perse.

Nectanébo II (360-343) règne durant 18 ans au cours desquels il multiplie constructions et restaurations de temples.

Malgré l’influence montante de la Macédoine, l’Empire perse a repris le contrôle de l’Asie Mineure et il ne lui manque que la reconquête de l’Egypte. En 343, Artaxerxès marche sur l’Egypte. Nectanébo II doit s’enfuir, marquant la fin de l’indépendance égyptienne.

L’hégémonie perse ne dure même pas dix ans. Au printemps de 334, Alexandre franchit l’Hellespont. Il vainc les satrapes au mois de mai puis Darius lui-même à Issos à l’automne. A l’automne de l’année suivante, le satrape Mazakes remet l’Egypte à Alexandre sans combat. L’oracle d’Amon reconnaît en lui le nouveau Maître de l’Univers.

Un résumé rédigé par Corinne Smeesters (Belgique 1998)