Artiste Sonia Delaunay
Œuvre Prismes électriques
Date de création 1914
Dimension 250 x 250 cm
Média Huile sur toile
   
Principales caractéristiques

Cette œuvre est composée de formes circulaires et de carrés qui se rencontrent et qui se divisent sans lignes apparentes venant délimiter les plans colorés qui habitent l’espace. Les aplats de couleurs s’opposent et se complètent selon la théorie des contrastes simultanés des couleurs de Chevreul. À aucun moment les formes qui se jouxtent entre elles nous renvoient à des figures de la réalité dépeinte. Seul élément figuratif qui demeure, un petit morceau de texte du prospectus de la Prose du Transsibérien, qu’elle a illustré, est inséré dans la partie gauche à mi-hauteur de la composition. La couleur devient forme, volume, objet et l’artiste dans un mouvement continu fait apparaître le mouvement de la rue, des passants et des lumières électriques qui bougent sur le Boulevard Saint-Michel qui sert de thème à l’œuvre.

Pour y arriver elle a observé les caractéristiques d’un prisme placé sous un globe électrique 1. Sous l’effet de la lumière qui le traverse de nombreux changements de couleurs se produisent. Elle traduit l’éclatement de l’objet coloré par l’emploi et la disposition de tons différents et accentue la sensation de lumière par le degré de saturation des couleurs employées et l’ajout de blanc dans la teinte. « Elle tente de fixer ce halo de lumière qui auréole les nouveaux éclairages publics, laissant apparaître toutes les couleurs du prisme 2». Cette observation de la lumière l’amène à redéfinir la peinture : « La brisure des objets et des formes par la lumière, et la naissance des plans colorés amenaient à une nouvelle structure du tableau. 3» Tout devient couleur. Elle brise progressivement l’objet, et la couleur devient l’élément essentiel de la construction de l’espace et du dynamisme du tableau. Le dynamisme est obtenu par la répartition des formes circulaires et par le dynamisme de la décomposition de la lumière. L’utilisation d’une palette vive ajoute à cette impression. L’art devient « […] inobjectif [sic] (orphisme), […] 4».


Situation dans l’œuvre de l’artiste

D’abord influencée par Van Gogh, Gauguin, Cézanne et Matisse elle ne retient d’eux que l’essentiel. Puis sous l’influence des recherches et des écrits de Robert Delaunay elle développe sa propre interprétation de la théorie des contrastes simultanés de Chevreul. De 1911 à 1918, en conformité avec ces principes, elle exécute des tableaux, des reliures (la prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France de Cendrars), des affiches (Dubonnet et Pirelli) et des tissus qui démontrent un vif intérêt pour les arts appliqués. En 1911, à l’occasion de la naissance de son fils elle fait un premier pas vers l’abstraction en créant une « […] couverture constituée de morceaux de tissus assemblés sans souci de figuration 5». Mais c’est avec son œuvre Prismes électriques qu’elle renonce définitivement au figuratif et donne à la couleur le rôle de définir l’espace, les formes et les volumes. « The liberation of color is the theme of her creativity. 6» Mais c’est sur une longue période que son langage abstrait se développera. Certaines œuvres comme les Contrastes simultanés et Le Bal Bullier (1912), Chanteurs de flamenco (1913-1916) Danseuse (1917) et la série des Rythmes sans fin (1923-1937) le montrent bien. (voir annexe 3-4). Entre 1918 et 1930 elle délaisse la peinture pour assurer la survie de la famille. Elle applique alors ses découvertes aux objets, tissus, décors, affiches, robes qu’elle réalise durant cette période. Elle revient à la peinture en 1930. Dorénavant ses œuvres (gouaches, huiles, dessins) seront vouées à l’expression de sa conception de l’abstraction qui diffère de l’abstraction pure par son rattachement à la réalité dont elle s’inspire. Enfin au cours des dernières décennies de sa vie elle s’appliquera à désarticuler cercle et carré qu’elle réinterprète sans s’arrêter 7. Et c’est par le jeu d’oppositions chromatiques que dorénavant elle arrivera aux mêmes résultats, soit créer des contrastes.

 

Situation dans son contexte

Au moment de la création de Prismes électriques, l’art en France est encore dominé par Braque et Picasso. C’est le règne du cubisme synthétique. Parallèlement on assiste à la naissance des avant-gardes. Duchamp, Gleizes, Juan Gris, Léger et Robert Delaunay entre autres cherchent à leur manière à dépasser les recherches des cubistes qui ont été tentés par l’abstraction sans véritablement y plonger. Au même moment les Futuristes mènent le bal en Italie alors qu’en Russie, Gontcharova et Malevitch proposent une autre version de l’art et en Allemagne, le Blaue Reiter se forme et s’organise. C’est donc un climat favorable à l’éclosion d’un nouveau langage qui éloignera l’art de la figuration imitative ancienne. Et si la découverte de l’art abstrait se fait en même temps à plusieurs endroits, il n’en demeure pas moins que c’est aux travaux des Delaunay que la première étape de la libération du réel est franchie. Avec eux l’objet est remplacé par les contrastes de couleurs pures et la couleur. Cet art amorce la transition vers l’abstraction.

 

Incidences

L’apport de Sonia Delaunay à l’art du 20e siècle et son rôle de pionnière de l’art abstrait a longtemps été oublié au profit de l’œuvre de son mari. Travaillant ensemble et menant des recherches artistiques analogues (la couleur-lumière) la reconnaissance de l’originalité de son œuvre a longtemps été limitée à ses créations dans le domaine des arts décoratifs. Mais depuis sa mort les œuvres et les documents laissés en héritage ont permis de découvrir la créatrice avant-gardiste qu’elle a été. Ses affiches collées et découpées (Dubonnet et Pirelli) préfigurent les papiers découpés de Matisse, sa couverture de berceau, l’abstraction de Paul Klee. Ses peintures « inobjectives » [sic] de 1912-1914 donnent naissance à l’Orphisme. Certains peintres américains comme Jasper Johns s’inspireront des rayures de ses robes si populaires. Mais ce qui frappe le plus aujourd’hui c’est que son œuvre n’a pas vieilli. Et encore aujourd’hui ses tapis et certains tissus sont recopiés.

 

 

1 Hoog, Michel. Robert et Sonia Delaunay. Paris, Éditions des Musées Nationaux, 1967, (Inventaire des collections publiques françaises) p. 148.

2 Robert Delaunay et Sonia Delaunay. Robert et Sonia Delaunay. Paris, Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1985, p. 150.

3 Ibid., p. 150.

4 Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin. Dictionnaire de la peinture. Paris, Larousse, 1987, p. 84.

5 Bernard Dorival. Sonia Delaunay : sa vie son œuvre 1887-1979. Paris, Jacques Damase éditeur, 1980, p. 30.

6 Arthur A. Cohen. Sonia Delaunay. New York, Harry. N.Abrams, 1975, p. 18.

7 Arthur A. Cohen. Sonia Delaunay. New York, Harry. N.Abrams, 1975, p. 85.


Bibliographie

Cohen, Arthur A. Sonia Delaunay. New York, Harry. N.Abrams, 1975, 206 p.

Damase, Jacques. Sonia Delaunay un demi-siècle d’avant-garde dans Connaissance des arts, no 308, octobre 1977 pp.80-85

Hoog, Michel. Robert et Sonia Delaunay. Paris, Éditions des Musées Nationaux, 1967 ( Inventaire des collections publiques françaises) 182 p.

Dorival, Bernard. Sonia Delaunay : sa vie son œuvre 1887-1979. Paris, Jacques Damase éditeur, 1980, 143 p.

Robert Delaunay et Sonia Delaunay. Robert et Sonia Delaunay. Paris, Paris Musées et Samam, 1985

Breuille, J.P. Art du 20e siècle : Dictionnaire de la peinture et de la sculpture. Paris, Larousse, 1991, pp.209-214

Gaultier, Alyse. Abcdaire du cubisme. Paris, Flammarion, 2002
119 p.

Laclotte, Michel et Cuzin, Jean-Pierre. Dictionnaire de la peinture. Paris, Larousse, 1987, 991 p.

Ragon, Michel. Journal de l’art abstrait. Genève, Skira, 1992, 163 p.

Robert Delaunay et Sonia Delaunay. Robert et Sonia Delaunay. Ottawa, Galerie Nationale du Canada, 1965, 111 p.

Bernier, Georges. Sonia et Robert Delaunay. Naissance de l’art abstrait. Paris, J.C.Lattes, 1985, 320 p.

http://www.lodeve.com/delaunaybio.htm

http://www.postershop.com/Delaunay-Sonia-p.html&Partnerid=2922

http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ma/ma_1463_p0.html

http://fr.encyclopedia.yahoo.com/articles/ma/ma_1687_p0.html

http://www.postershop-france.com/Delaunay-Sonia/Delaunay-Sonia-Formes-Circulaires-Soleil-2303257.html

Autres pages utilisées pour les références :

Breuille, J.P. Art du 20e siècle : Dictionnaire de la peinture et de la sculpture. Paris, Larousse, 1993, pp. 209-214.

Gaultier, Alyse. Abcdaire du cubisme. Paris, Flammarion, 2002, pp.12-18, 24, 29, 47-48, 74.

Laclotte, Michel et Cuzin, Jean-Pierre. Dictionnaire de la peinture. Paris, Larousse, 1987, pp.225, 659-660.

Ragon, Michel. Journal de l’art abstrait. Genève, Skira, 1992
pp.12-13, 20-22.

 

Commentaire

Delphine Robin

 

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