Les équipes      

 

Partageant la question transversale présentée ci-avant, les équipes réunies dans cette alliance ont des objets de recherche particuliers qui contribuent à éclairer certains des enjeux de la problématique d’ensemble sur le mouvement des femmes québécois.

Équipe Descarries/Corbeil
Discours et interventions féministes : un inventaire des lieux

Cette recherche interroge les nouvelles configurations du discours féministe et les métamorphoses que subissent ses propositions théoriques et stratégiques. Par sa démarche terrain, elle tente de cerner :

  • comment des actrices du mouvement des femmes québécois pensent et vivent leur féminisme;

  • quelles postures théoriques les rejoignent et quel en est l’impact sur leurs pratiques.

L’équipe se préoccupe plus particulièrement de savoir si, dans ses formulations les plus contemporaines, le féminisme, tout comme les études féministes, offrent toujours un espace pour maintenir un lien dynamique entre théorie et pratique et assurer le caractère subversif de son ancrage dans l'analyse des rapports sociaux de sexe et du patriarcat. Cet enjeu de subversion, toujours nécessaire pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes, est face au défi d’une vision plus « complexe du réel » afin de mieux conceptualiser et « politiser » la rencontre d'identités multiples, simultanées et sérielles des femmes.

Face à l'abondance de discours qui interrogent le bien-fondé, sinon les raisons d'être ou de durer de l'analyse féministe, face à la déstabilisation introduite par les prises de parole de jeunes femmes, de femmes autochtones, de femmes de minorités visibles ou de communautés culturelles, de prostituées/travailleuses du sexe et, faut-il ajouter, d'antiféministes, l’équipe s'interroge à savoir si le féminisme, comme éthique, savoir, projet sociopolitique et pratique d'intervention, est toujours en mesure de soutenir ses visées de justice sociale, de démocratie et d'égalité au regard des enjeux qui le confrontent actuellement.

Équipe Roy 
Diversité religieuse et solidarités féministes

Cette recherche a pour sujet les femmes immigrantes vivant actuellement dans la grande région de Montréal et qui sont issues de quatre traditions religieuses différentes : des latino-américaines et des africaines de tradition protestante, des maghrébines de tradition musulmane, des cambodgiennes de tradition bouddhiste et des sri lankaises de tradition hindoue. Elle a pour objectifs de:

  • retracer le développement et la transformation des modes d'appartenance religieuse des femmes immigrantes dans le contexte social actuel laïc et pluraliste;

  • identifier comment ces femmes définissent leur participation à la vie citoyenne et repérer leurs représentations sociales de l’égalité et leurs conceptions des valeurs féministes;

  • développer des outils pour favoriser un dialogue féministe et démocratique entre les femmes de diverses origines.

Les concepts de « droits des femmes » en tant que droits humains et « d’égalité entre les sexes » qui ont pris forme dans la société civile et les organisations politiques au cours des 150 dernières années ont eu un impact déterminant sur les rapports sociaux de sexe et le statut des femmes dans les organisations. Ils interrogent aujourd’hui radicalement les traditions religieuses dans leur pratique de résistance à l’avancée des droits des femmes. Le questionnement central de cette équipe, questionnement intégré aux travaux du GRIMER, est le suivant : comment des traditions religieuses (hindoue, bouddhiste et musulmane), qui ne reconnaissent pas de fait l’égalité entre les sexes dans leurs organisations, pensent le rôle des femmes au sein de leur tradition? L’équipe s’applique aussi à repérer s’il existe ou non, au sein de ces traditions, des éléments (discours, pratiques, représentations) qui peuvent constituer un apport pour soutenir l’avancée des droits des femmes et la reconnaissance de l’égalité entre les sexes tant au sein de ces traditions que dans la société.

Équipe Kurtzman/Roy 
La traite des femmes à des fins sexuelles au Québec

Cette recherche-action de type empirique vise à :

  • décrire concrètement et analyser la réalité de la traite à des fins de prostitution;

  • informer et concerter le mouvement des femmes et les autres intervenants-es concernés par la question;

  • identifier des recommandations orientées vers le soutien aux personnes qui en sont victimes, des femmes et des enfants en grande majorité.

L’existence de la traite des femmes au Canada et au Québec, sous forme d’une traite internationale et d’une traite intérieure, ne fait plus de doute même si le phénomène s’avère très difficile à documenter tant sur le plan quantitatif que qualitatif en raison de son caractère clandestin. La traite des femmes à des fins sexuelles n'épargne pratiquement aucun pays, que ce soit comme lieu de recrutement, de destination ou de transit, et un nombre grandissant de femmes, des Québécoises et des immigrantes de diverses origines, en sont victimes. Les méthodes des trafiquants pour conduire les femmes dans la prostitution comprennent de la coercition ouverte (séquestration, viols, sévices corporels, etc.) ou encore des pratiques sournoises de tromperie et de manipulation (promesses mensongères d’emploi, menaces de représailles, abus de situations de vulnérabilité sur les plans économique et psychologique, sentiments amoureux factices, etc.).

La recherche nous ramène au débat qui tiraille le mouvement des femmes sur la question de la prostitution. Au terme d’un terrain de recherche constitué d’un total de 37 rencontres et entrevues dans différents milieux concernés par les questions de traite et de prostitution, il en ressort que la prostitution et le marché du sexe sont des causes structurelles de la traite tant internationale qu’intérieure, et qu’il est illusoire de lutter contre la traite et de vouloir en protéger les victimes en faisant fi du rôle de l’industrie du sexe, des pratiques commerciales des différents acteurs qui y sont impliqués (propriétaires de bars, de clubs, de salons de massage, agences de recrutement, internet, petites annonces, etc.) de même que de la demande croissante des clients, des hommes convaincus d’avoir le droit d’acheter des corps de femmes pour assurer leur confort sexuel. L’existence, la reproduction, la croissance de la traite des femmes sont indissociables de la prostitution et de l’industrie du sexe puisque c’est la demande constante pour une nouvelle « marchandise » qui dicte la traite des femmes.

Cette recherche-action est conduite en partenariat avec des groupes de femmes dans le cadre d’un Comité de recherche-action financé par le Programme Promotion de la femme de Condition féminine Canada. Partenaires :Michèle Roy, Regroupement québécois des CALACS; Diane Matte, Marche mondiale des femmes (section internationale) et Yolande Geadah, chercheure indépendante.

Équipe Fournier/Gervais/Saint-Charles 
Les modes d'organisation et pratiques du mouvement des femmes

Le travail de cette équipe consiste à dresser un portrait le plus exhaustif possible des groupes organisés autour de la question des femmes et de participer à une réflexion articulée sur les enjeux liés à l'institutionnalisation et à la formalisation des pratiques organisationnelles des groupes de femmes au cours des dernières décennies. L’équipe travaille sur quelques projets dont celui sur la relève nommé Postures et perspectives de jeunes travailleuses féministes.

Voici quelques questionnements présents dans cette recherche exploratoire :

De qui les groupes de femmes sont-ils les représentants? Auprès de qui? Qui sont les porteuses des dossiers et au nom de qui les portent-elles? Dans la production-reproduction des pratiques et des structures en place, quelle place est laissée à l’arrivée et aux intérêts de nouvelles personnes (dont des jeunes, des immigrantes, des lesbiennes et des handicapées)? Comment expliquer que des domaines sont largement couverts alors que d’autres sont à peine investis? Peut-on penser qu’un certain conformisme idéologique colore le MFQ? Comment le MFQ est-il capable, dans ses actions concrètes, de manier les paradoxes et d’éviter les principaux écueils (relativisme, retour à une logique binaire) tout en maintenant sa force mobilisatrice?

Pour répondre à ces questions, l’équipe travaille à identifier :

  • l’ensemble des groupes traitant d’une problématique relative à la question des femmes. Une « caractérisation » en découlera comprenant les éléments suivants : aspect géographique (localisation, étendue de la population visée), objectifs et programmation, taille, âge, composition (membres, personnel ou appartenance à un groupe plus large);

  • les pratiques concrètes quotidiennes d’action ainsi que les pratiques plus larges de concertation ou de représentation (manière de concevoir le travail terrain, intervention à caractère politique et activités liées au développement et à la croissance);

  • les pratiques internes de gestion et d’organisation dont la structure formelle du groupe, le style de gestion privilégié, les rapports de pouvoir, les statuts et les conditions de travail;

  • les relations et collaborations existantes entre les groupes, de même que les chevauchements entre les domaines d’action et les « trous » ainsi laissés (les domaines peu ou pas couverts);

  • les liens entre les regroupements et leurs membres afin de voir comment les objectifs des regroupements sont interprétés, compris et concrétisés dans la pratique.